31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 09:34

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Dimanche soir, le journal américain Politico dévoilait que deux femmes se seraient plaintes auprès de leurs collègues, dans les années 1990, d'une attitude "sexuellement suggestive" de la part d'Herman Cain, alors à la tête de l'Association des restaurants américains. Le favori actuel des médias pourrait rapidement subir les contrecoups politiques de cette affaire, à bientôt deux mois du début des primaires républicaines.

 

Selon Politico, "les deux femmes se seraient plaintes d'une attitude "sexuellement suggestive" qui les aurait mises en colère et dans l'embarras. (...) Elles auraient signé des accords avec le groupe de restauration, celui-ci leur versant des indemnités pour quitter l'association. Les accords incluraient des clauses qui auraient empêché les deux femmes de parler de leur départ."

 

Plus précisément, Politico rapporte que "les incidents porteraient sur des questions sexuellement suggestives dans des hôtels accueillant des conférences, dans les bureaux de l'association présidée par Cain, ainsi que lors d'événements sponsorisés par cette même association". Les sources auraient décrit "des comportements qui ne seraient pas ouvertement sexuels, mais qui auraient mis les employées dans l'embarras dans le cadre d'une relation professionnelle".

 

Pour laisser à Cain la possibilité de s'expliquer, le journal révèle qu'il a attendu 10 jours avant de dévoiler l'affaire au public. Chose que son équipe a refusé de faire. Tout juste le porte-parole de Cain a-t-il annoncé qu'il était "vaguement familier" avec ces accusations. Politico déclare aujourd'hui être en possession du nom des deux femmes, mais que pour des motifs de confidentialité, ceux-ci seraient gardés secrets.

 

En réaction à la publication de l'affaire, le porte parole de Cain a tenté de contre-attaquer : "Puisque les critiques de Cain n'ont pas eu beaucoup de succès en attaquent ses idées, ils s'essayent désormais à l'attaque personnelle. (...) La seule chose que je peux vous dire maintenant, c'est que c'est une affaire par la biais de laquelle l'establishment essaye de s'attaquer à Cain".

 

Le favori des sondages, aujourd'hui en déplacement à Washington pour délivrer un discours au prestigieux National Press Club, ne pourra sans doute pas échapper aux questions de la presse. L'affaire tombe au moment où l'ascension de l'ancien PDG de Godfather's Pizza dans l'opinion en faisait un candidat de plus en plus crédible pour affronter Barack Obama en novembre 2012. Par exemple, il a obtenu, ce mercredi, une rencontre avec les membres républicains du Congrès, ce qui était une bonne occasion de conquérir des soutiens haut-placés. Désormais, ces derniers seront sans doute moins enclins à appuyer la candidature de Cain.

 

L'heure des premiers votes se rapproche dangeureusement : l'Iowa, le premier Etat à voter, se rend aux urnes le 3 janvier prochain. Les jours à venir, marqués par un débat dans l'Illinois le 9 novembre, nous donneront l'occasion de voir si Cain pourra continuer sur sa lancée, en dépit des révélations de Politico.

 

 


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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 13:06

http://talkingpointsmemo.com/assets_c/2011/10/cain-romney-perry-split-cropped-proto-custom_28.jpg

De gauche à droite : Mitt Romney, Herman Cain et Rick Perry

 

 

En visite dans l'Ohio cette semaine, Mitt Romney a semblé hésiter sur le soutien aux lois anti-syndicats du gouverneur Kasich. L'occasion pour ses adversaires de lui reprocher, une fois encore, d'être une "girouette". Mais il semble que Perry et Cain font eux aussi face, à maintenant deux mois des premiers scrutins, à leur lot d'incertitudes.

 

Il y quelques mois, Mitt Romney a déclaré soutenir les lois anti-syndicats du gouverneur Kasich (R-OH), au moment des contestations ouvrières dans l'Etat industriel voisin du Wisconsin. De retour dans le "Buckeye State" ce mardi, Romney a déclaré qu'il resterait neutre dans le référendum lancé par Kasich à propos des droits des syndicats. Et le lendemain, il s'est excusé d'avoir semé la "confusion" et déclaré qu'il soutenait l'initiative de Kasich "à 110%".

 

Ces changements de positions, effectués le "doigt dans le vent" selon un membre de l'équipe de Perry, sont une habitude de l'ancien gouverneur du Massachusetts, qui est en campagne pour la Maison-Blanche depuis cinq ans, quasiment sans interruption. Avortement, droits des homosexuels, port d'armes... Romney a changé d'avis sur à peu près tous les sujets possibles depuis le début de sa carrière politique, en 1994.

 

Les accusations de "girouette" ("flip-flopper") n'ont pas tardé à fuser de la part de ses adversaires. Hier, Rick Perry invitait ses partisans à poster toutes les déclarations contradictoires de Romney sur Twitter, accompagnées du "hashtag" #flipflopmitt. Outre les républicains, les démocrates ne se sont pas privés d'attaquer Romney, un rival potentiellement dangereux s'il devait obtenir la nomination du parti de l'éléphant. Le parti démocrate de l'Ohio est même allé jusqu'à qualifier l'ancien homme d'affaires de "serial flip-flopper".

 

Si Perry se dresse comme le critique-en-chef de Romney, il a lui aussi fait preuve d'indécision au cours de la semaine. Au début de la semaine, il a rejoint le mouvement des "birthers", qui pensent qu'Obama n'est pas Américain. La veille, le gouverneur du Texas avait en effet déjeuné avec Donald Trump, qui en est depuis le printemps dernier le fer de lance. Puis, en milieu de semaine, Perry s'est retracté, sachant que la publication du certificat de naissance d'Obama, en mai 2011, a mis fin aux aspirations présidentielles de Trump.

 

Herman Cain, toujours dans le même registre, y est allé de sa petite gaffe. Ses revirements de position, depuis dix jours, sur le sujet de l'avortement, le mettent en position délicate alors que son avance dans le sondages, au niveau national, commence lentement à s'effriter.

 

Tous les sujets sont aujourd'hui abordés très fébrilement par tous les candidats républicains. Ceux-ci, voyant les primaires s'approcher rapidement, ne veulent contrarier aucune portion de leur très volatile électorat. En l'absence d'un leader incontestable, la moindre erreur rhétorique peut se transformer en une perte rapide de soutiens.

 

Ainsi, en jouant tous au jeu de la "girouette", les candidats s'assurent de ne pas subir de trop dommages, leurs adversaires en faisant de même. Cela montre que le plateau républicain pour 2012 est beaucoup plus faible que lors des années précédentes. Gagner du temps de la sorte leur assure de brouiller les pistes jusqu'à l'hiver, rendant l'issue de la course aussi incertaine que les valeurs en lesquelles ils croient vraiment.

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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 14:34

http://images.politico.com/global/news/110917_rick_perry_ap_605.jpg

 

 

Son sursaut d'orgueil est encore dans toutes les têtes. A Las Vegas, il y a une semaine précisément, Rick Perry s'en prenait directement à son adversaire Mitt Romney, parvenant à faire sortir l'inébranlable homme d'affaires de ses gonds. En difficulté dans les sondages depuis un mois, Perry entend s'appuyer sur cet épisode marquant pour remettre sa campagne sur de bons rails. A 70 jours des premiers scrutins, le gouverneur du Texas a engagé une véritable refondation de son effort présidentiel.

 

Entré en campagne en grande pompe le 13 août dernier, Rick Perry a vu ses chiffres décoller dans les sondages - jusqu'à 38% - laissant loin derrière lui le favori de l'establishment républicain Mitt Romney. Mais miné par des performances très médiocres lors des quatre premiers débats, il a dû laisser filer l'étiquette de "candidat anti-Romney N°1" à Herman Cain. Aujourd'hui, dans le dernier sondage national de CBS et du New York Times, Perry pointe seulement à 6% des intentions de vote.

 

Mais plusieurs signes montrent, depuis quelques jours, que sa candidature est loin d'être terminée. Tout d'abord, les finances du gouverneur du Texas sont au beau fixe. Il y a dix jours, la Comission électorale fédérale dévoilait que Perry, avec 15 millions de dollars, avait levé plus de fonds que Romney. Or, en matière d'élections aux Etats-Unis, l'argent est le nerf de la guerre.

 

Avide de transformer ce capital monétaire en un redécollage efficace dans les sondages, Perry a annoncé avoir investi 200.000 dollars en publicités dans l'Etat de l'Iowa. Le 3 janvier prochain, le "Hawkeye State" s'exprimera en premier dans la course à la nomination républicaine ; il possède donc une importance considérable. Dès demain, les habitants de l'Iowa pourront sans aucun doute voir défiler des spots télévisés de Perry dirigés directement contre l'ancien gouverneur du Massachusetts.

 

Perry n'aura de cesse, au cours des 70 prochains jours, de déboulonner la campagne de Romney, jusqu'ici remarquable de stabilité. Pour ce faire, le Texan a fait le ménage parmi son équipe de hauts conseillers pour faire appel à des poids lourds du parti de l'éléphant. Par exemple, le gouverneur de Floride Rick Scott a mis à la disposition de Perry quelques uns de ses émissaires spécialistes en matière de provocation.

 

Pour illustrer le ton agressif de l'équipe de Perry, une source proche de Perry a confié ce matin au journal Politico : "Mitt Romney est sur le point de découvrir ce que c'est que de ramener un couteau pour un combat de rue". Aujourd'hui, dans une interview avec CNBC, Perry lui-même a déclaré qu'il "considérait que Romney est un gros minet", en référence à la fortune de l'ancien homme d'affaires, récemment estimée à plus de 250 millions de dollars.

 

Ce nouveau départ de Rick Perry intervient juste au moment où Cain, perdu par des déclarations maladroites sur l'avortement, est en perte de vitesse. Quant à Romney, il fait toujours la course en tête, mais sans parvenir à se détacher clairement de ses adversaires. Malgré des sondages au plus bas, les conseillers de Perry ont choisi le bon tempo pour rappeler que leur poulain est loin d'être mort et enterré.

 


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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 22:48

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La chef du parti républicain du Nevada, Amy Tarkanian (en bleu), a plié sous la pression du New Hampshire

 

 

En acceptant de reculer sa consultation du 14 janvier au 4 février 2012, le Nevada a troqué son statut de "numéro 3" dans la course à la nomination contre celui de "numéro 5". En votant plus tard, le "Silver State" perd en importance dans le processus d'investiture du challenger de Barack Obama, lequel sera connu au printemps 2012. A qui la nouvelle donne profite-t-elle ?

 

Au coeur de la controverse menant à l'imboglio du calendrier des primaires républicaines se trouve une intense lutte d'influence. En résumé, quatre Etats se sont vus accordés par le "parti de l'éléphant" le droit de tenir leurs primaires plus tôt dans l'année 2012. Il s'agit, dans cet ordre, de l'Iowa (caucus), du New Hampshire (primaire), du Nevada (caucus) et de la Caroline du Sud (primaire).


Tandis que l'Iowa organisera ses caucus le 3 janvier, le Nevada a décidé, le 5 octobre dernier, de tenir ses élections le samedi 14 février. Seulement, coincé entre les deux, le New Hampshire menaçait de "sauter" l'Iowa et de tenir ses primaires en décembre. La raison en est simple : la fenêtre de onze jours séparant Iowa et Nevada n'est pas conforme à la loi du New Hampshire, qui en réclame au moins quatorze.


Depuis bientôt trois semaines, la lutte de pouvoir faisait donc rage entre Nevada et New Hampshire. Ne pouvant tenir ses caucus un mardi - pour des raisons d'organisation - le Nevada a été contraint de reculer jusqu'au samedi 4 février, ce qui le place après la Floride, qui votera le 31 janvier.


S'exprimer tôt, comme l'ont montré les confrontations des années précédentes, permet d'attirer l'attention des médias et donc de donner une importance exacerbée à son Etat. Ainsi, même en ayant un poids politique limité, les premiers Etats qui votent profitent d'un élan médiatique considérable. C'est le cas du Nevada, du New Hampshire et de l'Iowa, qui sont tous trois de petits Etats.


Le précédant schéma était censé, en théorie, avantager Mitt Romney. Tout est une question d'enchaînement. Romney comptait sur ses victoires dans le New Hampshire et au Nevada pour tenter de forcer la décision en Floride, fin janvier. Or, avec le recul du Nevada dans le calendrier, c'est un maillon majeur de sa chaîne qui vient de sauter.


En pratique, Romney n'est pas favori en Iowa et en Caroline du Sud ; perdre dans ces deux Etats le mettrait en mauvaise position pour aborder la Floride. Mais dans le camp Romney, on ne semble pas s'alarmer du bouleversement hiérarchique. Hier, l'équipe de l'ancien gouverneur du Massachusetts a même demandé aux instances républicaines du Nevada de reculer ses caucus.


En effet, en dépit de trois défaites potentielles sur quatre en janvier, Romney compte à présent sur un sans-faute en février. Le Nevada, le Maine, le Minnesota, le Colorado, l'Arizona et le Michigan, qui s'exprimeront du 4 au 28 février 2012, lui sont a priori tous favorables.


Cependant, comme ce fut le cas lors des années précédentes, celui qui sort vainqueur des premiers affrontements est largement perçu par les électeurs des Etats suivants comme le favori, ce qui oriente leur vote. En 2008, par exemple, on peut dire que McCain a remporté la nomination dès la primaire de Caroline du Sud, qui s'exprimait alors en cinquième position.


A première vue, le recul des caucus du Nevada est une bonne nouvelle pour Rick Perry et Herman Cain. Mais il leur faudra faire la différence très tôt en janvier, sous peine de voir Mitt Romney refaire son retard en février et empocher la nomination.


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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 13:32

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Herman Cain au Western Republican Leadership Conference de Las Vegas (NV), le 19 octobre 2011. REUTERS/Las Vegas Sun/Steve Marcus

 

 

Invité par Piers Morgan à son show sur CNN mercredi soir, l'ancien homme d'affaires Herman Cain s'est déclaré en faveur du droit à l'avortement (pro-choice), avant de modérer sa position dès le lendemain. Une hésitation qui pourrait faire tâche au sein d'un parti composé à 68% d'opposants à l'IVG (chiffres Gallup, 2011).

 

L'ancien PDG de Godfather's Pizza, sans expérience élective aucune, se surexpose depuis sa victoire au P5 Florida Straw Poll, un scrutin consultatif, il y a un mois. Son interview, mercredi soir, avec Piers Morgan l'a vu une fois encore prendre une position controversée sur un sujet qui l'est tout autant. Au sein d'un parti dominé par la droite chrétienne de Sarah Palin et Rick Perry, se prononcer en faveur de l'avortement n'est en effet pas le meilleur moyen d'obtenir la nomination du camp de l'éléphant.


Depuis 1973 et l'arrêt de la Cour suprême Roe vs. Wade, l'avortement est légal aux Etats-Unis. Selon Cain, "le gouvernement ne devrait pas essayer de dire aux gens ce qu'ils doivent faire, surtout lorsqu'il s'agit d'une décision d'ordre social qu'ils ont à prendre. Celle-ci revient à la famille, et quelque soit ce qu'ils décident, ils décident". Son opinion suggère qu'il est personnellement en bons termes avec l'avortement, en tant qu'elle est une décision familiale et personnelle. 

 

Au delà de son avis en lui-même, c'est le manque de clarté de Cain qui ne manquera pas de faire débat. En effet, il avait déclaré une semaine avant à Fox Business Network que "l'avortement ne devrait pas être légal". Et hier soir, le fulgurant favori des médias déclarait via Twitter : "Je suis 100% opposé à l'avortement. Fin de l'histoire". Ce manque de consistence idéologique l'expose aux attaques de ses adversaires, car ceux-ci vont tenter de faire passer Cain pour un novice.

 

De surcroît, ce qui vaut pour l'avortement vaut également pour de nombreuses autres questions sur lesquelles son avis a brusquement changé. C'est par exemple le cas de la place des musulmans au sein du gouvernement américain, de l'électrification de la frontière américano-mexicaine ou encore du dialogue avec les terroristes. A chaque fois, du jour au lendemain, Cain renverse sa position et invoque des excuses telles que la blague ou le moment d'inattention.

 

Le moment est crucial pour la candidature de Cain, arrivé en tête des sondages sans se distinguer particulièrement de ses adversaires. Il profite, comme Rick Perry il y a deux mois, du fait que les électeurs sont souvent enthousiastes autour des personnalités qu'ils connaissent peu. 

 

Or, les convictions qu'Herman Cain présente aux militants républicains avides de le connaître plus avant sont toutes controversées. Sa maladresse pourrait finir par le heurter à moyen-terme et le priver du statut de favori. Sans aucun soutien de poids, son effort présidentiel serait stoppé net si ses chiffres dans les sondages s'effondraient.

 

A cet effet, se déclarer "pro-choice" est sans aucun doute extrêmement efficace. Les maladresses à répétition de Cain tombent au plus mauvais moment car pendant ce temps-là, le gouverneur du Texas Rick Perry revient lentement, mais sûrement, vers la place de "candidat anti-Romney N°1" qui lui a récemment échappé.

 


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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 06:54

http://images.politico.com/global/news/111018_reuters_perry_romney_328.jpg

Le ton monte entre Romney, cravate bleue, et Perry, cravate rouge (Reuters)

 

 

Le cinquième débat en 50 jours, hier à Las Vegas (NV), a vu Rick Perry s'en prendre aggressivement à l'ancien homme d'affaires Mitt Romney. Tombé très bas dans les sondages après quatre performances très moyennes, le gouverneur du Texas n'avait pas d'autre choix que de passer à l'offensive pour raviver sa candidature. A court de solutions, Perry s'en est remis au bon vieil artifice de l'attaque personnelle.

 

Pour sûr, celle-ci a été bien préparée. Rien ne laissait présager d'une telle estocade quand Perry a répondu à une question sur l'immigration illégale de façon musclée : "Ils viennent ici parce que le gouvernement fédéral n'a pas été capable de sécuriser cette frontière [américano-mexicaine, NDLR] et parce qu'ils sont attirés par nos emplois. Les personnes qui emploient ces immigrants illégaux doivent être pénalisées". Un bilan approuvé du regard par Romney. Puis le gouverneur du Texas s'est tourné vers le candidat mormon, situé à sa droite, pour lui lancer : "Mitt, pour moi, vous perdez toute crédibilité sur le sujet parce que vous avez embauché des immigrants illégaux pour votre propre maison. Pendant une année entière, vous saviez qu'ils ne devaient pas être là. Le fait que vous vous teniez ici, devant nous, en vous vantant de la solidité de votre politique en la matière, c'est le sommet de l'hypocrisie".


S'en est suivi un vif échange entre les deux hommes. Au delà de l'attaque, Romney a semblé davantage contrarié par le fait que Rick Perry n'a pas respecté le temps de parole de trente secondes imparti pour sa réponse. Hué par le public du Nevada, acquis à la cause de l'ancien gouverneur du Massachusetts, Perry a dû laisser son adversaire répondre. Romney a nié savoir que ses employés n'avaient pas de papiers valides au moment de leur embauche. Surtout, il a rappelé que l'Etat du Texas, sous la gouvernance de Perry, avait connu une augmentation du nombre immigrés illégaux à hauteur de 60%.

 

Le regard des deux hommes, plus que leurs mots, en disait long sur l'intensité de leur rivalité. Après le débat, Ann Romney, l'épouse de l'ancien homme d'affaires, a même parlé d'"animosité" entre les deux favoris. Selon le porte-parole de Romney, Eric Fehrstrom, "la stratégie de Rick Perry, c'était de participer à ce débat pour tuer Mitt. Je crois qu'il a fini par se tuer lui-même". Dans une campagne où il suffit de faire parler de soi pour prendre la tête des sondages, Perry est d'ores et déjà assuré que son idée était la bonne. En revanche, s'en prendre à Romney dans le Nevada, un bastion mormon de l'ancien gouverneur du Massachusetts - en 2008, il s'est imposé avec 40 points d'avance dans cet Etat -  était plutôt maladroit.


A 75 jours des premiers votes dans l'Iowa, cette attaque sonnait déjà comme un baroud d'honneur pour le gouverneur du Texas. Elle a nourri les opinions des spécialistes selon lesquels Perry a été meilleur que d'habitude en débat. Certains, plus railleurs, le félicitent de ne pas s'être endormi. Mais pour beaucoup d'observateurs, Romney reste au-dessus car il a, pour la cinquième fois consécutive, maitrîsé l'ensemble de la soirée. En tant que favori désormais indiscutable, il était pourtant l'objet de toutes les attentions - bonnes ou mauvaises - de ses adversaires.

 

Perry a fourni aux médias de quoi alimenter l'intérêt des électeurs autour de sa candidature. C'était bien là l'essentiel, alors que la campagne préisdentielle, privée de débat jusqu'au 9 novembre, se tourne vers une nouvelle phase. Avec les dates limites d'inscription s'approchant dans tous les Etats, la lutte sur le terrain reprend ses droits. Et avec elle, encore, son lot de petites phrases assassines. 




 


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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 04:21

http://images.politico.com/global/news/110523_cain_romney_ap_328.jpg

Les deux hommes d'affaires partagent actuellement le haut de l'affiche (Montage Politico)

 

 

Mitt Romney fait preuve, depuis le début de l'année 2011, d'une régularité remarquable : son soutien est stable depuis maintenant 10 mois, oscillant entre 20 et 25% des militants républicains. Mais certains spécialistes n'hésitent pas à signaler que, les primaires commençant dans moins de 80 jours, le fait que Romney n'arrive pas à atteindre le tiers d'intentions de vote au niveau national révèle un manque latent de popularité. De fait, on a vu tout au long de l'année des candidats au profil plus ou moins connu incarner l'alternative à l'ancien gouverneur du Massachusetts. Depuis début octobre, ce rôle incombe à Herman Cain.

 

 

L'ancien PDG de Godfather's Pizza avait déjà connu une forte montée dans les sondages, mi-juin, juste avant que Michelle Bachmann n'annonce sa candidature. Miné par des déclarations catastrophiques à la télévision, la "bulle" Herman Cain n'avait alors pas fait long feu. En effet, à la manière d'un phénomène bien connu en ces temps de crise, les candidats républicains font, tour à tour, office de bulle spéculative pour tenter de contrer l'irrésistible marche de Romney vers la nomination.

Tout d'abord, il y a eu Donald Trump, entre fin avril et mi-mai. Le milliardaire a dû renoncer du fait du pic de popularité d'Obama en mai, provoqué par la publication de son certificat de naissance et de l'élimination d'Oussama Ben Laden. Puis ce fut, brièvement, la période Tim Pawlenty, de mi-mai à mi-juin, qui lui-même fut écarté par Michele Bachmann de mi-juin à début août. La victoire de cette dernière à l'Ames Straw Poll du 13 août a poussé d'ailleurs poussé Pawlenty à mettre fin à son effort présidentiel.

La valse des candidats anti-Romney s'est poursuivie ce même 13 août 2011, lorsque le gouverneur du Texas Rick Perry a décidé d'entrer en course pour l'investiture. Il grimpe immédiatement à 40% des intentions de vote au niveau national, mais à cause de ses performances plus que médiocres en débat, il laisse filer le P5 Straw Poll de Floride du 25 septembre dernier à Herman Cain. Cette date marque la fin de la "bulle Perry" au profit de la "bulle Cain" d'aujourd'hui.

 

Comme Rick Perry il y a quelques semaines, Herman Cain tutoie Mitt Romney dans de nombreux sondages. Au niveau national, CNN rapporte hier que les deux hommes sont statistiquement à égalité, 26% pour le candidat mormon et 25% pour l'ancien patron de Godfather's Pizza. Dans le Nevada, un Etat où Romney a gagné avec 51% des voix en 2008, l'ancien gouverneur ne possède que cinq points d'avance sur Cain (31 contre 26%).

Tout augure d'un destin similaire à celui qu'ont connu les précédents candidats anti-Romney. Cain multiplie en effet les interviews à la télévision plutôt que de laisser l'élan médiatique paisiblement travailler en sa faveur. Les médias lui ont donné le statut de favori, mais il commet l'erreur de surexposer sa candidature aux attaques de ses adversaires. Depuis quelques jours, les critiques sur son plan fiscal "9-9-9" pleuvent, tandis que sa doctrine en matière de politique étrangère consiste à dire aux journalistes : "Je ne connais pas la réponse à cette question, mais je vous le dirai une fois que je serai président".

Surtout, si les premiers Etats à voter le plaçent statistiquement en position d'inquiéter Romney, Cain a pourtant choisi une stratégie électorale peu commune. Celle-ci consiste à faire campagne dans des Etats qui votent plus tard dans le processus des primaires, et donc qui n'ont aucun impact réel sur l'issue de la course. Par exemple, Cain fait campagne en Arkansas, au Texas, en Alabama ou Indiana au lieu de se concentrer sur l'Iowa, où il ne s'est pas rendu depuis août.

 

 

A court-terme, ses interviews "rock n' roll" sont un réel danger pour sa candidature. Comme pour tous les candidats mis en lumière précédemment, les électeurs quitterront Cain au fur et à mesure qu'ils le connaîtront plus avant. Ainsi, le moyen-terme verra Cain s'effondrer lors des premiers scrutins, car sa stratégie n'est pas la bonne. Qu'importe, il semble que seul le long-terme lui importe : la vente de son livre et l'obtention de son propre show sur Fox News. De ce point de vue-là, il faut l'avouer, Cain est plutôt bien parti.

Dans quelques semaines, le "phénomène Cain" sera passé de mode. Il nous restera alors à découvrir vers qui les républicains se tourneront pour incarner la nouvelle alternative à Romney.

 


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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 09:07

http://www.washingtonpost.com/rf/image_606w/2010-2019/WashingtonPost/2011/10/12/National-Politics/Images/TLS_6224_1318379040.jpg 

Hier soir, les huit principaux prétendants républicains à la présidence s'affrontaient dans le New Hampshire

 

 

Le bateau de Rick Perry est en perdition. En chute libre dans tous les sondages depuis maintenant deux semaines, le gouverneur du Texas avait besoin d'une performance de haute volée lors du débat d'hier soir, consacré aux questions économiques, pour espérer sortir de l'eau. Il n'en fut décidément rien.

 

Perry se savait attendu au tournant par les médias, journalistiques ou audiovisuels, ainsi que par ceux qui avaient vu en sa candidature tardive l'espoir d'une alternative à Mitt Romney. Le fougueux gouverneur du Texas s'était spécialement préparé pour cette joute, demandant à ses équipes de préparer des attaques contre l'ancien gouverneur du Massachusetts. Lundi, les hostilités commençaient déjà, avec la sortie d'un clip de campagne dévastateur pour son adversaire numéro un pour la nomination.

D'habitude jamais désemparé pour prendre la parole, Perry a semblé inoffensif et, par moments, endormi. Ses rares offensives contre Romney furent souvent maladroites. Par exemple, à l'heure où la régulation financière était critiquée par tous les candidats républicains, Perry n'a rien trouvé d'autre à dire que "Mitt a eu six ans pour préparer un plan. Moi, je n'ai eu que huit semaines". Un aveu qui en dit long sur la précipitation dont a fait preuve le gouverneur pour lancer son effort présidentiel.

 

En tout et pour tout, sur les huit heures de débat depuis septembre, Perry n'a brillé que durant la toute première. Pas de quoi rassurer ses premiers supporters, qui ont aujourd'hui massivement émigré vers Herman Cain. Selon les derniers chiffres de Gallup, l'ancien PDG de Godfather's Pizza se tient aujourd'hui à 18% des intentions de vote, contre 15% pour le gouverneur du Texas. Il y a un mois, ces chiffres étaient respectivement de 5% et 31%.

Plus inquiétant : Cain devance Perry dans les sondages à l'échelle des Etats-clés, Iowa et New Hampshire en tête. Selon l'institut Public Policy Polling, Cain est désormais en tête dans le "Hawkeye State", avec 30% des intentions de vote, quand Perry se traîne avec 9%. Par ailleurs, la base de soutien que Perry possédait en Caroline du Sud, un autre Etat-clé, s'est évaporée : donné à 15%, il voit s'éloigner Cain (26%) et Romney (25%).

 

Bien entendu, il est bien trop tôt pour enterrer le gouverneur du Texas. Il a levé, lors du dernier trimestre, plus de 17 millions de dollars, ce qui le place en tête parmi les candidats républicains. Mais à n'en pas douter, des performances aussi faibles en débat ne vont pas l'aider à remonter la pente dans les sondages. Ce qui fait grandement les affaires d'Herman Cain, qui voit l'ouverture en Iowa s'agrandir de jour en jour pour lui en Iowa.

Mitt Romney, de son côté, se frotte tout autant les mains. Une quatrième démonstration de classe et de maîtrise lui offre de nouveau la victoire sur ses deux terrains de prédilection : le New Hampshire et l'économie. De quoi consolider un peu plus l'idée que sa victoire, au printemps prochain, est inévitable (Jonathan Martin). Le soutien, hier après-midi, du gouverneur du New Jersey Chris Christie à sa candidature ne manquera pas de lui donner encore un peu plus de chances de conquérir la nomination.

 

Les doutes autour de Rick Perry n'ont jamais été aussi grands. Un autre débat est prévu à Las Vegas, mardi prochain, mais beaucoup doutent que le gouverneur du Texas puisse rebondir. Pourtant, à moins de 80 jours des premiers scrutins, il va lui falloir trouver un moyen de gagner en Iowa, sans quoi la Maison-Blanche ne sera plus qu'un lointain souvenir.

 

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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 15:17

 

 

 

L’ancien gouverneur a été rattrapé sur le fil dans le « Hawkeye State », il y a quatre ans de cela. Grâce à une véritable bombe atomique lancée par Mike Huckabee en décembre 2007, le soutien que Romney s’était accaparé auprès de l’électorat évangéliste s’est évaporé en quelques jours. Ayant retenu les leçons du passé, l’ancien homme d’affaires a décidé de minorer les caucus de l’Iowa cette année. Pourtant, un récent sondage montre qu’il y reste en tête (23% des intentions de vote), à moins de 90 jours du scrutin.

 

S’investir massivement en Iowa comporte des risques pour Romney. Il l’avait fait il y a quatre ans, avant de lourdement chuter contre Mike Huckabee. Cette année encore, Tim Pawlenty a dû se retirer de la course à la présidentielle après avoir fini troisième de l’Iowa Straw Poll, devancé largement par Bachmann et Paul.

Pour Romney, faire campagne en Iowa pour finalement s’y incliner pourrait briser l’effet d’entrainement que sa stratégie prévoit. Il a en effet posé ses valises dans le New Hampshire, qui vote en seconde position, pour y lancer son effort présidentiel. Sans la victoire dans le « Granite State », la nomination est impensable pour Romney.

En revanche, tenir compte des sondages et s’investir en Iowa pourrait lui rapporter gros, puisque deux victoires sur les deux premières consultations lui permettrait sans doute de mettre KO le camp Perry. Le gouverneur du Texas compte en effet sur la victoire en Iowa pour tenter de rallier la Caroline du Sud, qui vote en quatrième position, sans trop de retard sur Romney. Ce dernier est annoncé vainqueur dans le New Hampshire et au Nevada.

 

L’ancien homme d’affaires vient de dévoiler qu’il sera en Iowa fin octobre. Un signe qu’il compte disputer fermement le « Hawkeye State » à Perry ? Pas vraiment. Il y a fort à parier que sa stratégie consiste simplement à ne pas s’y faire oublier des électeurs et à y faire un score important, quitte à laisser filer la victoire au gouverneur du Texas.

La donne Herman Cain rentre aussi en ligne de compte. L’ancien patron de Godfather’s Pizza est classé deuxième dans le dernier sondage sorti en Iowa. Avec 20% des intentions de vote, il devance largement Perry (10%), dans un mouvement qu’il faut davantage imputer à la méforme du Texan ainsi qu’à l’intérêt provisoire des médias envers Cain.

Idéalement, si Cain poursuit sur sa lancée jusqu’à janvier en Iowa, il pourrait diviser le gâteau à un point tel que Romney s’impose avec seulement un quart des voix. Mais étant donné les moyens importants dont dispose Perry, nul doute qu’il ne laissera pas l’Iowa filer ainsi. En effet, cet Etat est à Perry ce que le New Hampshire est à Romney : une défaite et la Maison-Blanche s’éloignera définitivement.

 

 

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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 12:19

Bill Gardner laisse le suspense durer encore une semaine (Photo AP)

 

Le calendrier des primaires présidentielles républicaines de 2012 n’est toujours pas définitivement fixé. En effet, prévues initialement pour début février, les premières échéances ont été avancées a début janvier. Aujourd’hui, on ne sait toujours pas si l’Iowa et le New Hampshire n’organiseront pas leurs consultations en décembre, un fait inédit dans l’histoire politique américaine. Le point sur cet imbroglio.

 

La lutte d’influence entre Etats dure depuis maintenant deux semaines. Il s’agit pour la Floride, la Caroline du Sud, le Nevada, le New Hampshire et l’Iowa d’avancer leurs scrutins au maximum dans le calendrier pour gagner en importance. En effet, un Etat qui vote tôt a plus d’impact sur la suite de la course, ce qui attire fortement les candidats et partant, les médias.

Depuis que la Floride a laissé tomber le voile en organisant sa primaire le 31 janvier 2012, les pièces du puzzle se mettent en place, petit à petit. La Caroline du Sud tiendra ses primaires le 21 janvier, ce qui a poussé le Nevada à placer ses caucus le 14 janvier. Depuis une semaine, l’Iowa et le New Hampshire bluffent par médias interposés pour imposer leur date préférentielle. L’idée, pour ces deux Etats, est d’être espacés au maximum pour attirer l’attention le plus longtemps possible.

Or, la fenêtre de tir laissée disponible par le Nevada est relativement étroite. Quatorze jours en 2012 pour organiser deux scrutins n’est pas du goût du New Hampshire et de l’Iowa, qui menacent désormais de briser la barrière symbolique du 1er janvier, imposée de facto depuis des décennies. Si jamais les deux Etats en venaient à se lancer en 2011, cela remettrait sans aucun doute profondément en question la validité d’un système électoral déjà vivement critiqué.

 

Samedi dernier, l’Iowa a mis le couteau sous la gorge de Bill Gardner, le secrétaire d’Etat du New Hampshire. Ce dernier a une autorité complète sur la date que le « Granite State » choisira pour tenir sa primaire. En sélectionnant la date du 3 janvier, l’Iowa ne laisse qu’une solution viable au New Hampshire : tenir sa consultation le samedi 7 janvier 2012.

Mais cela ne plaît pas à Bill Gardner, car non seulement la primaire du New Hampshire a toujours eu lieu un mardi, mais de surcroit, il juge l’espace de temps entre son Etat et l’Iowa trop faible. Malgré les pressions des instances nationales du parti républicain, Gardner menace ouvertement de tenir sa primaire n’importe quel mardi en décembre. Ce qui, dans le pire des scenarios, placerait les premiers scrutins dans moins de cinquante jours.

 

Un calendrier aussi avancé est fortement improbable. Il a fort à parier que Gardner se pliera à la loi dictée par l’Iowa, traditionnellement le premier Etat à voter. La raison en est simple : un non-respect trop flagrant des règles fixées par le parti républicain mettrait à coup sûr son statut d’Etat privilégié en danger pour les années à venir. Mais une primaire juste avant le Nouvel An est une hypothèse qu’il convient de ne pas écarter pour le moment.

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