18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 06:32

 

"Leader" est le nouveau spot télévisé que Mitt Romney fait actuellement diffuser en Caroline du Sud

 

 

A un moment crucial dans la course à la nomination, Mitt Romney vient de se voir apporter un grand nombre de bonnes nouvelles au cours de la semaine écoulée. Nouveaux soutiens, attaques judicieuses et sondages favorables, les signes encourageants se multiplient pour l'ancien gouverneur du Massachusetts. Celui-ci a toujours l'espoir de remporter, sur le fil, les caucus de l'Iowa ; une victoire qui renforcerait le sentiment d'inévitabilité qui entoure sa candidature depuis de longs mois déjà.  

 

Après une performance mitigée lors du débat de samedi dernier, lors duquel Gingrich est apparu très résistant aux attaques, Mitt Romney a compris qu'il lui fallait réaliser une très bonne semaine pour stopper la marche de l'ancien Speaker vers la victoire en Iowa. Sept jours plus tard, force est de constater que Romney s'est très bien replacé ; on peut même légitiemement parler d'artillerie lourde au vu des mouvements stratégiques effectués par le candidat mormon.

 

Les bonnes nouvelles pour Romney commencent avec les soutiens. Sur ce champ de bataille précisément, le candidat favori de l'establishment est en tête depuis de longs mois, aussi cela n'a t-il pas été une surprise d'apprendre, jeudi dernier, qu'une trentaine d'anciens membres de l'administration Reagan soutiennent l'effort présidentiel de l'ancien homme d'affaires. Le journal The Washington Examiner, concurrent conservateur du journal progressiste de référence dans la capitale américaine, The Washington Post, a annoncé le même jour son soutien à Romney.

 

Surtout, Romney a annoncé une volée de soutiens situés dans la frange conservatrice du Parti républicain, membres du Tea Party supposés être très hostiles à l'investiture d'un candidat modéré pour la présidentielle. Mardi, c'est Christine O'Donnell, coqueluche du Tea Party dans le Delaware lors des élections de mi-mandat de 2010, qui s'est ralliée à Romney. Elle faisait suite au chef du Tea Party dans le New Hampshire, Tom Thomson, qui avait annoncé deux jours plus tôt son soutien à l'ancien gouverneur du Massachusetts.

 

Enfin, au rayon des soutiens politiques, Romney a sans doute enregistré, vendredi, le plus important appui attribué jusqu'à présent. La gouverneur de Caroline du Sud Nikki Haley, membre éminente du Tea Party elle aussi, a publiquement annoncé sa préférence pour la nomination de Romney. En faisant campagne dès le lendemain pour Romney dans son Etat, Haley va permettre à Romney de prendre de la vitesse jusqu'à la primaire du "Palmetto State", qui aura lieu le 21 janvier prochain. Elle montre surtout que Romney est peu à peu en train de fissurer le mur d'opposition que les conservateurs ont très tôt dans l'année dressé contre lui.

 

Le point central de la semaine, le débat de jeudi à Sioux City dans l'Iowa, a été remporté haut la main par Romney, de l'avis d'une immense majorité de commentateurs américains, tous bords confondus. En délivrant des réponses parfaitement calibrées aux modérateurs conservateurs de la chaîne Fox News, l'ancien homme d'affaires s'est assuré la meilleure impression possible dans l'esprit des électeurs, juste avant que la course ne soit "gelée" par les fêtes de fin d'année.

 

Lors de cette dernière confrontation télévisée entre les candidats avant les caucus de l'Iowa, le 3 janvier, Gingrich a fait office de pinata, croulant sous les coups de bâtons de tous ses adversaires... Romney excepté. En refusant de se livrer aux attaques personelles en face-à-face, le candidat mormon a judicieusement choisi la stratégie de "l'adulte dans la pièce". En laissant les autres prétendants à la Maison-Blanche se chamailler, Romney a pris une posture très présidentielle, parfois agissant comme s'il était déjà le nominé républicain qui affrontera Barack Obama à l'automne 2012.

 

Dans le même temps, Romney a multiplié les interviews chocs en début de semaine, critiquant Newt Gingrich à l'envi. Il a répondu avec brio à une attaque de l'ancien président de la Chambre des représentants sur son passé de riche PDG en faisant passer Gingrich pour un "RINO" ("Republican In Name Only") utilisant les mêmes arguments que Barack Obama et "Occupy Wall Street" pour s'en prendre à l'un de ses co-partisans. 

 

Toujours pour décrédibiliser le bona fides de son adversaire N°1, Romney a fait monter un spot télévisé rappelant que Gingrich s'est associé à la championne de la cause progressiste au Congrès, Nancy Pelosi, ainsi qu'à l'ancien vice-président démocrate Al Gore, pour renforcer la lutte contre le réchauffement climatique. En faisant alliance avec le Tea Party sur ce thème très impopulaire auprès des conservateurs, Romney prouve une fois de plus que le mouvement final de sa campagne va consister en une main tendue au-delà du camp modéré. Si Romney parvient à unifier le parti avant l'Iowa, alors le suspens précédant l'investiture ne sera affaire que de quelques jours.

 

Certains chiffres ont révélé que la tendance à la réalisation de ce scanério va en s'accroissant avec chaque jour qui passe. Newt Gingrich est en très nette perte de vitesse. Selon l'institut de sondages Gallup, sa cote de popularité est passée de 37% à 28% en seulement dix jours. Gingrich n'a désormais plus que 4 points d'avance sur Mitt Romney - qui lui, est sur la pente ascendante. Bien que les sondages nationaux sont tout à fait insignifiants pour prédire l'issue de la course, ils montrent bien lequel des candidats profite actuellement de l'élan médiatique indispensable pour l'emporter Etat par Etat.

 

A cette échelle également, les nouvelles sont très encourageantes pour Romney. Jeudi, un sondage conduit par l'institut Rasmussen a montré qu'il était désormais en tête des intentions de vote en Iowa, avec 23%, contre 20% à Gingrich et 18% à Ron Paul. L'ancien Speaker perd ainsi 12 points en un mois, quand Romney en gagne 4. Dans le New Hampshire, le bastion de Romney dans lequel Gingrich avait réussi à enregistrer de précieuses avancées, le candidat mormon flirte de nouveau avec les 40% d'intentions de vote.

 

Rien n'est terminé, car il reste encore 19 jours avant que les candidats prennent officiellement le départ de la course. Mais nul doute que si Romney parvient, le 3 et le 10 janvier, à l'emporter en Iowa et dans le New Hampshire, l'investiture lui sera quasiment acquise. Dans le cas inverse, ses équipes le répètent depuis des mois : ils sont prêts "pour un marathon".

 

 

 

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 10:19

En milieu de semaine, Rick Perry a entamé une visite marathon des 99 comtés de l'Iowa dans l'espoir de faire un retour surprise le 3 janvier prochain (Photo AP)

 

 

Ce soir, à Sioux City (IA), les sept candidats républicains encore en lice débattront pour la treizième et dernière fois de l'année 2011. C'est la dernière occasion pour les challengers de Barack Obama de s'attaquer de front, à maintenant 19 jours du départ officiel de la course à la nomination. Alors que la campagne s'est grandement intensifiée depuis le début du mois, il faut s'attendre à un débat mouvementé lors duquel chacun des prétendants cherchera le K.O.

 

Conscient qu'il a toujours une bonne chance de stopper l'ascension de Newt Gingrich, Mitt Romney cherchera sans aucun doute à lancer, en face à face, le même type d'attaques qu'il ne cesse d'asséner, depuis le début de la semaine, contre l'ancien Speaker. En plus des spots de campagne dévastateurs préparés par son équipe, l'ancien gouverneur du Massachusetts s'en est pris à son rival N°1 de façon personnelle au cours de plusieurs interviews.

 

Hier, dans un entretien accordé au New York Times, Romney a qualifié Gingrich de "bouffon dont on a pas besoin pour le poste de président". Plus tôt dans la semaine, Romney s'en prenait au bona fides de son adversaire : "C'est un leader très peu digne de confiance dans la sphère conservatrice". Enfin, à CBS, Romney répondait mercredi à la critique de l'ancien président de la Chambre des représentants sur son pari à 10.000 de dollars en rappelant que celui-ci a utilisé 500.000 dollars de fonds de campagne pour offrir des bijoux à son épouse au printemps dernier.

 

Cette série d'attaques personelles participe de la nouvelle stratégie de Romney à l'approche des caucus de l'Iowa : conscient qu'il a manqué d'aggressivité il y a quatre ans pour contrer la poussée de Mike Huckabee, l'ancien homme d'affaires ne veut pas commettre la même erreur aujourd'hui. Il a abandonné l'idée de jouer au-dessus de la mélée et espère, au mieux, voler la victoire à Gingrich en Iowa, ou sinon, la laisser à un candidat présumé plus faible, tel que Ron Paul.

 

Newt Gingrich, qui avait promis qu'il n'attaquerait aucun de ses adversaires dans le but d'offrir au peuple américain une "campagne positive", a été obligé d'ôter les gants, lui aussi. Très adroitement, il a détruit la critique de Romney envers les "politiciens carriéristes" en répondant à l'ancien homme d'affaires qu'il serait lui aussi à Washington à l'heure qu'il est s'il n'avait pas perdu contre le sénateur Ted Kennedy en 1994 (cf. débat précédent).

 

Avec un peu moins de précaution, il s'en est pris au pedigree "capitaliste" de Romney, à qui il a reproché d'avoir bâti sa fortune personnelle sur des milliers de licenciements. Une critique très mal digérée au sein d'un parti ultra-libéral économiquement, et qui ne fait que donner raison à Romney sur le fait que les valeurs conversatrices de Gingrich peuvent légitimement être remises en question. Ce dernier aura à coeur de se rattraper ce soir, car il sait que la victoire est loin d'être acquise dans le "Hawkeye State".

 

Selon des informations internes aux campagnes de Mitt Romney et de Rick Perry, le soutien de Gingrich serait actuellement en train de s'effriter. Le Texan sait notamment que l'électorat évangéliste qui a nourri la soudaine montée de Gingrich dans les sondages est en train de quitter l'ancien Speaker. Les coups de butoir lancés par ses adversaires sur ses trois mariages, ses deux adultères avoués, sans oublier ses achèvements législatifs modérés des années 1990, commencent à faire leur effet.

 

En quête d'une alternative solide, il semble que cet électorat ultra-conservateur se tourne aujourd'hui vers Ron Paul, qui n'a jamais semblé aussi proche d'une victore surprise en Iowa. Son soutien s'accroît dans les sondages, comme le montrent les derniers chiffres : avec 17% des voix, Ron Paul se place en deuxième position et refait son retard sur Gingrich. Comme le disait Chris Cillizza, mardi dans le Washington Post, "Ron Paul est le meilleur ami de Romney en Iowa". Si jamais Paul y remportait la victoire, il serait aisé pour Romney de le faire passer pour une alternative ultra-conservatrice inacceptable dans les Etats suivants, car incapable de battre Barack Obama. 

 

Par ailleurs, comme Rick Perry, Michele Bachmann et Rick Santorum se sont lancés dans un tour de l'Iowa en bus qui apparaît comme un mouvement désespéré. Alors que toute la lumière est sur Romney et Gingrich, il fort peu probable qu'ils décollent dans les sondages puis s'imposent en Iowa. Quant à Jon Huntsman, présent au débat de ce soir, il a ouvertement abondonné le "Hawkeye State" dans le but de lancer toutes ses forces dans le New Hampshire, qui votera le 10 janvier 2012. Pour ces trois candidats, la joute télévisée de ce soir est sans doute que l'occasion, peut-être, d'un dernier coup d'éclat.

 

En définitive, il apparaît que la victoire se jouera entre Perry, Paul, Gingrich et Romney, ces deux derniers nous laissant augurer un débat très mouvementé. Gingrich sait qu'il ne peut pas perdre l'Iowa au profit du candidat mormon, sous peine de voir filer Romney avec la nomination de façon irrémédiable (voir l'analyse d'hier). En tant que leader des sondages, la pression se trouve encore une fois sur ses épaules, et il lui faudra livrer une performance aussi bonne que samedi dernier pour définitivement asseoir sa domination dans le "Hawkeye State".

 

 

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 15:48

http://www.thestatecolumn.com/articles/wp-content/uploads/2011/12/romney_7548.jpg

Mitt Romney dans le New Hampshire, le 6 décembre 2011 (Photo AP)

 

 

Mitt Romney a encore répété hier, dans une interview à Politico, que son instinct lui dit que les primaires républicaines de 2012 seront un long combat qui ne pourrait prendre fin qu'en juin de l'année prochaine. Etant donné les circonstances actuelles d'une course privée d'un leader incontestable et caractérisée par un calendrier très différent des années précédentes, ce scénario est loin d'être impossible. Sans doute pour le plus grand bénéfice de l'ancien gouverneur du Massachusetts.

 

Il y a quatre ans, si un candidat avait eu les chiffres que Gingrich possède actuellement dans les sondages, l'identité du gagnant serait apparue clairement un mois avant le début des primaires. Avec un calendrier très resserré en 2008, le candidat qui parvenait à remporter le plus de victoires dans les premiers Etats était assuré de l'emporter, poussé par un élan médiatique considérable empêchant ses concurrents de revenir dans la course. Avec trois victoires majeures engrangées consécutivement au mois de janvier 2008 (New Hampshire, Caroline du Sud et Floride) John McCain apparaissait inarrêtable et a rapidement atteint la majorité absolue des délégués nécessaires pour remporter la nomination républicaine.

 

Aujourd'hui, Newt Gingrich est largement en tête dans trois des quatre Etats qui lancent la course à la nomination (Iowa, Caroline du Sud et Floride), mais cela est loin de lui assurer la victoire. En effet, deux choses sont fondamentalement différentes en 2012, comparé à 2008.

 

Le premier aspect est circonstanciel et tient de l'extrême fluidité de la course. Depuis l'été, celle-ci voit tour à tour un candidat différent prendre la tête des sondages, puis la perdre aussi abruptement qu'il l'a atteinte.

 

Selon les observateurs américains, Newt Gingrich n'aurait pas pu prendre la tête des sondages à un meilleur moment. Fin novembre, à un peu plus d'un mois et demi du début des primaires, Gingrich surgissait en tête des intentions de vote. Selon les spécialistes, le timing est parfait pour tenir jusqu'à l'Iowa et entrer en position de force dans la course aux délégués. Une autre façon de voir les choses consiste à dire que Gingrich a pris la tête au plus mauvais moment possible.

 

En effet, les différents candidats venus occuper la tête des sondages ont connu une période de "pic" d'une durée étonnamment régulière : deux mois pour chacun d'eux. Le pic de popularité de Gingrich est arrivé tout début décembre, lorsqu'il a pris la place de leader délaissée par Herman Cain et reçu le soutien très important de l'Union Leader, un influent quotidien dans l'Etat non moins influent du New Hampshire. Bien évidemment, les autres candidats ne s'en sont pas laissés compter, conscients du danger que la montée de Gingrich représentait. Ron Paul, Rick Perry et Mitt Romney s'en donnent donc à coeur joie, depuis une dizaine de jours, pour lancer des spots de campagne décrédibilisant la candidature de Gingrich.

 

La muraille de verre construite par Gingrich dans les sondages montre déjà quelques signes de faiblesse ; son avance pourrait ainsi très bien fondre dans les jours à venir. Gingrich entrerait, juste au moment du début des primaires, dans une période de déclin après deux mois de bons résultats dans les sondages. Ce matin, Reuters a dévoilé des chiffres qui montrent à quel point son avance est fragile en Iowa. L'avance considérable de Gingrich dans cet Etat ne prédit en rien les résultats qui sortiront des urnes le 3 janvier prochain car l'ancien Speaker manque d'une organisation suffisante pour amener ses électeurs à se rendre au bureau de vote.

 

Deuxièmement, le calendrier rend un KO à la John McCain 2008 improbable, les scrutins les plus importants en termes de délégués mis en jeu n'arrivant pas avant avril (voir le calendrier complet).

 

Les trois premiers mois de l'année ne verront que la moitié des délégués être mis en jeu, alors que la proportion était bien plus importante lors des élections de la décennie précédente. En particulier, l'impact réduit du Super Mardi - seulement 555 délégués en jeu, contre plus de 900 lors des primaires républicaines de 2008 - et son placement tardif dans le calendrier - 8 semaines après l'Iowa, contre 4 semaines en 2008 - ne pourra sans doute pas permettre à l'un des candidats de faire la différence tôt.

 

Bien évidemment, des primaires longues ne peuvent qu'avantager Romney, dont l'équipe de campagne a vite compris que la nomination républicaine allait être un marathon. L'ancien gouverneur du Massachusetts est pour l'instant le seul, avec Ron Paul, a être armé pour un long combat. Organisation, financement, soutiens : l'effort présidentiel de Romney coche toutes les cases.

 

Ainsi, si l'on imagine que Romney ne remportait qu'un seul scrutin en janvier, le New Hampshire, en laissant filer la victoire à Gingrich dans l'Iowa, la Caroline du Sud et la Floride, il pourrait immédiatement se rabattre sur les scrutins de février pour espérer marquer des points avant le Super Mardi du 6 mars, le jour où le maximum de délégués sera en jeu à la fois. En février, se trouvent justement des scrutins qui lui sont a priori très favorables, puisque ce sont des caucus qu'il a remporté en 2008 (Maine, Minnesota, Colorado) et qu'il pourra compter sur l'importante communauté mormone dans le Nevada et l'Arizona pour rattraper d'éventuels résultats médiocres en janvier.

 

A la lumière de ce constat, toute la stratégie de Romney, qui fait actuellement une poussée importante en Iowa, fait sens : si, comme Kerry en 2004, Romney parvenait à sauter Gingrich sur la ligne d'arrivée dans le "Hawkeye State", le 3 janvier prochain, alors il serait difficile à ses adversaires de se remettre du KO qu'ils subiraient à coup sûr une semaine plus tard dans le New Hampshire. L'effet d'entraînement des médias pourrait faire le reste en Caroline du Sud et en Floride et donner à Romney la chance de se tourner très tôt vers l'élection de novembre.

 

A l'heure qu'il est, deux scénarios sont donc envisageables. Dans celui qui semble pour le moment le plus probable, Gingrich remporte l'Iowa, met Romney en difficulté dans le New Hampshire, puis le bat en Caroline du Sud et en Floride. Mais il faudrait, en moins de trente jours, que Gingrich bâtisse une organisation présente dans les cinquante Etats pour empêcher Romney de revenir sur ses talons lors des 46 manches restantes. Dans le deuxième scénario, Romney remporte l'Iowa et est de facto inarrêtable : le seul moyen que ses adversaires conservateurs ont de l'arrêter est donc de prendre un très bon départ.

 

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 06:27

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Newt Gingrich était au centre des attentions hier soir à Des Moines (IA), pour le douzième débat républicain de l'année (Photo Getty Images)

 

 

Pressé par tous ses concurrents, Newt Gingrich a fait preuve de beaucoup de maîtrise, hier soir en Iowa, pour esquiver les attaques. En dépit d'une liste de "casseroles" longue comme le bras, l'ancien président de la Chambre des représentants est apparu très préparé, renforçant un peu plus son statut de leader, à la fois dans le premier Etat à voter lors des primaires et à la fois au niveau national.

 

Il n'aura pas fallu attendre très longtemps pour voir l'adversaire N°1 de Gingrich pour la nomination, Mitt Romney, s'en prendre à celui qui domine dans les sondages depuis bientôt deux semaines. Avide de mettre en avant les contrastes qui existent entre lui et Gingrich, Romney a ainsi livré sa première réponse du débat : "Newt Gingrich et moi sommes en désaccord sur de nombreux points. A commencer par son idée d'avoir une colonie qui pourrait extraire du minerai sur la Lune". Une tentative plutôt maladroite de décrédibiliser son adversaire qui augurait d'une soirée relativement médiocre pour l'ancien gouverneur du Massachusetts, habituellement très brillant en débat.

 

Pourtant, Romney a été assisté par ses adversaires dans son entreprise de démolition de Newt Gingrich, qu'il lui faut stopper très vite avant qu'il ne s'envole irrémédiablement vers la victoire lors des caucus de l'Iowa, le 3 janvier prochain. Tour à tour, Michele Bachmann, Ron Paul, Rick Perry et Rick Santorum s'en sont tous pris au bona fides de l'ancien Speaker, qu'ils soupçonnent de ne pas être un conservateur véritable.

 

L'attaque la plus personelle a encore une fois été lancée par le gouverneur du Texas Rick Perry, qui a reproché à Gingrich ses trois mariages et des deux adutères avoués : "L'infidélité envoie un puissant message... Non seulement j'ai fait un serment à mon épouse, mais j'ai aussi fait un serment à Dieu : c'est encore plus fort qu'une poignée de main au Texas. (...) Si vous trompez votre femme, vous tromperez aussi votre partenaire lorsqu'il s'agit d'affaires, c'est pourquoi je pense que le problème de la fidélité est d'une grande importance".

 

Loin de récuser les faits évoqués par Rick Perry, Gingrich a joué la carte du pardon pour tenter de limiter les dégâts que pourrait causer son histoire sentimentale mouvementée en Iowa, un Etat composé à 60% de chrétiens évangélistes : "C'est un vrai problème, en effet. Je crois que les gens doivent répondre de leurs actes. Dans mon cas, je l'ai dit immédiatement, ouvertement, il m'est arrivé de commettre des erreurs. J'ai dû me rendre au chevet de Dieu pour demander pardon".

 

Fidèle à sa réputation de trublion - parfois gaffeur... - Rick Perry a provoqué une faute directe de Mitt Romney sur la question des mandats individuels en matière de sécurité sociale. La mesure que l'ancien gouverneur du Massachusetts a fait appliquer dans son Etat a inspiré le plan national de 2010 de Barack Obama, aujourd'hui devenu la hantise des conservateurs. Hier, lorsque Perry a affirmé à Romney qu'il avait recommandé dans la première édition de son livre, "No Apology" (2010), que son plan de santé soit adopté à l'échelle nationale, avant d'effacer la phrase dans la deuxième édition (2011), Romney lui a lancé une mise de 10.000 dollars. Un pari refusé par Rick Perry (NB : Perry a absolument raison sur ce point : Romney a changé le texte de son livre pour la seconde édition).

 

L'évocation d'une telle somme - un cinquième du salaire annuel moyen américain - ne manquera pas de susciter de vives réactions dans les jours à venir, contribuant à renforcer la perception que Romney est un businessman acquis à la cause de Wall Street. En ces temps de crise économique, l'ancien homme d'affaires compte sur son image de spécialiste des retournements de situation en matière financière pour avancer qu'il est le mieux placé pour remettre l'Amérique sur les rails de la prospérité. 

 

A cet effet, Romney fustige les "politiciens carriéristes" de Washington, et il s'est essayé à ce genre d'attaque hier contre Gingrich directement : "On a pas de besoin de gens qui ont vécu toute leur vie à Washington pour tirer le pays hors du bourbier dans lequel il est empêtré". Malgré plus de vingt ans passés à la Chambre des représentants, Gingrich a répondu à Romney de façon cinglante : "Soyons honnêtes. La seule raison pour laquelle vous n'êtes pas devenu un "politicen carriériste", c'est que vous avez perdu contre Ted Kennedy en 1994 - Romney voulait alors ravir le siège de Kennedy au Sénat fédéral - (...) Si vous aviez gagné, vous auriez une carrière longue de dix-sept ans à Washington à l'heure qu'il est".

 

Entre Romney et Gingrich, la différence entre homme d'affaires et ancien représentant au Congrès était nulle lors du débat d'hier soir : les deux hommes sont des politiciens professionnels qui comprennent que, de plus en plus, la course à la nomination se jouera entre eux deux. Gingrich sort clairement vainqueur de la première joute, mais les candidats ont rendez-vous à Sioux City, de nouveau de l'Iowa, dans quatre jours, pour la deuxième manche de leur duel. A cette occasion, il faudra que Romney livre une performance au moins aussi solide que celle de Gingrich hier pour espérer remporter la victoire le 3 janvier.

 

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 08:44

http://images.politico.com/global/news/111208_mitt_romney_lede8_ap.jpg

Hier, l'équipe de campagne de Romney a lancé sa contre-offensive contre Newt Gingrich, dans laquelle les spots télévisés vont jouer un rôle majeur (Photo AP)

 

 

Avec en toile de fond la soudaine montée de Newt Gingrich dans les sondages, propre à menacer la voie royale promise à Mitt Romney, le sprint final vers les caucus de l'Iowa (3 janvier 2012) est entamé. Pour tenter de faire la différence auprès des électeurs au cours des prochains jours, les candidats investissent massivement dans des spots de campagne, diffusés à la télévision dans le "Hawkeye State" ainsi que sur Internet. Petit tour d'horizon.

 

Restore Our Future, une "super PAC" au service de Mitt Romney, a annoncé hier avoir acheté du temps à la télévision en Iowa pour un montant de 3,1 millions de dollars, un record pour cette campagne des primaires. Leur premier spot, "Now You See The Problem", s'attaque à Barack Obama et commencera à être diffusé dès aujourd'hui.

 

 

Le mouvement initié par la "super PAC" de Romney est coordonné avec les attaques lancées hier matin par deux de ses soutiens, John Sununu et Jim Talent, contre l'ancien Speaker Newt Gingrich. Respectivement ancien gouverneur du New Hampshire et ancien sénateur du Missouri, Sununu et Talent ont remis en question les qualités de leadership de Gingrich, dans un constraste avec Romney. Avant la fin de la semaine, Restore Our Future devrait lancer son second clip sur les ondes iowannes, avec cette fois pour objectif majeur d'attaquer frontalement Gingrich sur le terrain de l'économie. Le spot d'une minute est déjà disponible sur Internet pour anticiper le débat capital de demain soir à Des Moines (IA).

 

 

 

Romney passe à l'attaque contre Gingrich, et il assisté indirectement par Ron Paul. Lui aussi a lancé, la semaine dernière, une publicité très ingénieuse s'en prenant à l'ancien Speaker. Intitulée "Hypocrisy", elle évoque le passé controversé de Gingrich à Washington dans le but de le faire passer pour un "insider" ("candidat du système") et s'attirer le soutien de la droite la plus extrême. Chaque pourcent gagné par Paul dans les sondages est une bonne nouvelle pour Romney, le représentant du Texas entaillant la base conservatrice qui soutient actuellement Gingrich.

 

 

 

Tout aussi conscient que Ron Paul de l'extrême fluidité de la course à la nomination, Rick Perry a investi massivement en Iowa pour tenter d'y créer la surprise. Même si son soutien stagne dans les sondages, il tente lui aussi de séduire la frange conservatrice du Parti républicain, ce qui fait les bonnes affaires de Romney. Dans son spot "Repeal", il s'en prend aggressivement à Romney et Gingrich en les associant à la réforme de la santé du président Obama.

 

 

Enfin, du côté de Gingrich, la tactique adoptée est celle de "l'adulte dans la pièce" : l'ancien Speaker a répété hier son souhait de concentrer ses attaques sur le président Obama, plutôt que sur ses concurrents républicains. Son camp mise sur le fait que toute campagne négative finira par se retourner contre ceux qui l'auront initiée, lui permettant de s'imposer facilement le 3 janvier prochain. Son spot en Iowa, "Rebuilding the America We Love", est un cri du coeur patriotique dénué de toute attaque. Le ton y est donc complètement différent de celui adopté par Ron Paul, par exemple.

 

 

En voulant s'élever au-dessus des débats, Gingrich se prive de la possibilité de répondre aux attaques de ses adversaires. Il compte sur ses qualités de débatteur hors-pair pour faire définitivement la différence dans l'esprit des électeurs républicains de l'Iowa. Les joutes télévisées prévues demain et jeudi 15 décembre entre les six candidats les plus sérieux restant en lice seront donc décisives ; surtout pour Gingrich, qui ne semble pas démordre de sa volonté de tout miser sur les débats.

 

 

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 08:13

http://www.washingtonpost.com/rf/image_606w/2010-2019/WashingtonPost/2011/12/07/National-Politics/Images/APTOPIX_Romney_2012_0d04c-6181.jpg

En visite mardi dans l'Arizona, Mitt Romney a reçu le soutien de l'ancien vice-président Dan Quayle (Photo AP)

 

 

Dangereusement menacé par Newt Gingrich dans les sondages, Mitt Romney est sur le point de lancer sa contre-offensive. Sans tarder, il lui faut stopper la montée de l'ancien président de la Chambre des représentants ; il ne reste à Romney que 27 jours pour refaire son retard. Comment le candidat mormon peut-il s'y prendre ?

 

Après être arrivé en tête de quatre sondages consécutifs en Iowa lors du début de semaine, des consultations à l'échelle nationale sont venues, hier, confirmer la bonne forme de Newt Gingrich. Selon Gallup, ce dernier est en très légère baisse dans les intentions de votes (36%), tandis que Romney gagne un pourcent, à 23%. Les sondages nationaux sont absolument insignifiants pour prédire l'issue de la course, qui se déroule Etat par Etat, mais ils montrent bien qui profite actuellement de l'élan populaire ; celui-ci est clairement favorable, depuis environ deux semaines, à l'ancien Speaker Newt Gingrich.

 

Plus inquiétant pour Romney, l'avance de Newt Gingrich se creuse dans les quatre Etats qui s'exprimeront les premiers dans la course à la nomination et qui ont une importance capitale dans le processus d'investiture. Selon des chiffres publiés hier par CNN, Gingrich domine Romney dans l'Iowa (33% contre 20%), la Caroline du Sud (43% contre 20%) et la Floride (48% contre 25%). Seul le New Hampshire reste en faveur de Romney : l'ancien gouverneur du Massachusetts y maintient son avance, 35% contre 26%.

 

Avec trois victoires sur quatre en janvier, Gingrich bénéficierait d'un élan considérable pour aborder les scrutins suivants. Romney ne peut pas se permettre de perdre deux scrutins de suite, c'est pourquoi la Floride, qui vote en quatrième position et qui lui est a priori plus favorable que la Caroline du Sud, prend une importance considérable.

 

Pour ralentir la marche en avant de Gingrich, Romney devra se départir de son style caractéristique depuis le début de l'année, qui consiste à concentrer ses attaques sur le président, en vue de l'élection générale, plutôt que sur ses adversaires, en espérant que ces derniers tombent d'eux-mêmes. Cette stratégie a été très efficace jusqu'à présent : Bachmann, en août, a été coiffée sur le poteau par la déclaration de candidature de Perry, lequel s'est ensuite auto-torpillé en débat faute d'entrain et de préparation. Puis ce fut au tour d'Herman Cain de monter dans les sondages, avant d'être mis hors-course par des soupçons de harcèlement sexuel et d'adultère.

 

L'ascension rapide de Gingrich dans les consultations de l'"Hawkeye State" est similaire en bien des points à celle de Mike Huckabee fin 2007. Au mois de décembre de cette année-là, Huckabee avait dépassé Romney, en tête dans l'Etat des mois durant, faute d'une opposition marquée de la part de l'ancien gouverneur du Massachusetts. A l'heure du vote, Romney n'avait rien pu faire, battu de neuf points par son adversaire et laissant filer la nomination à John McCain quelques jours plus tard dans le New Hampshire.

 

Cela va sans dire, Romney ne compte pas refaire la même erreur en 2012. Depuis le début de la semaine, il est pressé de toutes parts, staff et supporters notamment, d'attaquer Newt Gingrich, qui semble loin de s'auto-détruire comme le firent ses prédécesseurs au sommet des sondages. Le terrain est plutôt favorable à Romney, étant donné l'étendue des reproches qui peuvent être faits à Gingrich par les électeurs.

 

Il s'agit avant tout pour Romney de marquer des contrastes avec Gingrich. L'ancien Speaker a dû démissionner de son poste prestigieux en 1999, touché par une affaire d'adultère. Hier, l'ancien homme d'affaires a investi 300.000 dollars dans un spot télévisé vantant sa vie de famille stable ; celui-ci sera diffusé jusqu'en fin de semaine en "primetime" dans deux Etat cruciaux, l'Iowa et le New Hampshire. L'objet du clip ainsi que sa cible ne sont le fruit d'aucun hasard : deux tiers de l'électorat iowan, majoritairement conservateur, se déclare aujourd'hui prêt à changer leur choix de vote le jour des caucus. Romney s'apprête donc à tenter d'entailler la fragile base de soutien de Gingrich en Iowa ; une victoire consécutive dans le New Hampshire lui donnerait un avantage considérable avant d'aller en Caroline du Sud.

 

D'autres attaques sont à attendre de la part du camp Romney. En débat samedi soir, celui-ci ne manquera sûrement pas de s'en prendre aux vues très modérées de Gingrich en matière d'immigration par exemple. Mais avant cela, le quartier général de Romney, situé à Boston, a promis une exposition médiatique plus conséquente de son candidat dans les jours à venir. Comme l'a confié Romney lui-même : "On commence tout juste avec les publicités. (...) Vous allez me voir faire campagne plus aggressivement...". A Fox News, il a confié : "Nous allons faire en sorte que les différences entre mon expérience, mon approche des choses, et la sienne, soient bien exposées aux électeurs. (...) Soyez assurés que je ne serai pas calme ; je vais m'assurer que mon message est entendu fortement et distinctement"

 

Au crédit de Romney se trouve un impressionnant trésor de guerre dont ne peut se vanter Gingrich et qui pourrait menacer sa campagne sur le long terme. Avide de montrer encore un peu plus l'étendue de sa force financière dans le New Hampshire, où il est largement favori, Romney a fait parvenir hier des tracts de campagne directement chez les habitants du "Granite State", par voie postale. Il jouit d'un soutien quasi-unanime de la part des élus républicains de cet Etat, et ce à toutes les échelles.

 

Après avoir minimisé l'attente en Iowa pendant toute l'année, Romney doit s'y activer pour éviter un ras-de-marée qui serait propre à menacer la survie de sa candidature de par son influence sur les scrutins suivants, Caroline du Sud et Floride au premier chef. Comme le confiait hier un conseiller de Romney, dans toutes les élections, le gagnant doit surmonter le moment où il semble qu'il est sur le point de perdre. Favori tout au long de l'année et adversaire attendu des démocrates pour l'élection générale, il se pourrait fort bien que ce moment arrive en ce moment même pour Mitt Romney.

 

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 06:21

http://images.politico.com/global/news/111111_gingrich_romney_ap_605.jpg

Les rivaux Gingrich (à gauche) et Romney (à droite) lors du débat présidentiel de Rochester (MI), le 9 novembre 2011

 

 

Selon plusieurs instituts de sondages, l'avance de Newt Gingrich sur Mitt Romney dans l'Iowa est désormais très nette. Romney a encore une trentaine de jours pour attaquer son adversaire et tenter de refaire son retard, mais le temps presse. En décembre, trois débats sont prévus dans le "Hawkeye State", ce qui devrait donner l'occasion à l'ancien gouverneur du Massachusetts de se distinguer de l'ancien président de la Chambre des représentants. Mais est-il possible d'entraver la montée en puissance de Gingrich ?

 

 

Hier, deux sondages conduits par Public Policy Polling et NBC News ont montré que Newt Gingrich gagnait du terrain sur Mitt Romney en Iowa, l'Etat qui s'exprime traditionnellement en premier lors des primaires présidentielles américaines. Le premier de ces deux instituts montre que l'ancien Speaker dispose de 27% d'intentions de vote, contre 16% à Romney (marge d'erreur : +/- 4,1%), tandis que NBC News propose des chiffres relativement similaires, 26% contre 18% (+/- 4,8% de marge d'erreur). Le taux d'indécis est de 7% et 9% pour chacun des deux sondages, respectivement.

 

L'avance plutôt confortable de Newt Gingrich en Iowa est une raison pour Mitt Romney de s'inquiéter. Hier, dans le New York Times, l'analyste Nate Silver a rappelé que sur les onze caucus disputés dans le "Hawkeye State" depuis 1980, celui qui était en tête des sondages à un mois du scrutin s'est imposé huit fois. Mais en changeant de perspective, la tendance historique sourit plutôt à Romney : sur les cinq cas où le leader avait une avance inférieure à 10% dans les sondages à un mois des caucus, il gagné deux fois mais s'est incliné à trois reprises.

 

En 2008, Mike Huckabee s'était imposé dans les caucus républicains de l'Iowa, malgré toute l'organisation de Romney et l'argent que ce dernier y avait dépensé - environ 10 millions de dollars. Mais Huckabee dominait Romney par une marge bien plus conséquente à un mois des caucus, passant régulièrement au-dessus des 30%, chose que Gingrich ne parvient pas à faire pour le moment. Faute d'une puissance financière suffisante dans les scrutins suivants, Huckabee s'est effondré sous les coups de John McCain, soudainement soutenu par tout l'establishment républicain et qui a rapidement scellé la nomination.

 

La comparaison entre 2012 et 2008, quoique contrastée sous un certain regard, ne va pas sans son lot de similitudes. Comme Huckabee en 2008, Gingrich manque cruellement d'organisation en Iowa mais peut compter - selon les sondages actuels - sur une popularité très importante. En matière de fonds, comme en 2008, Romney domine de la tête et des épaules, puisqu'il totalisait plus de 32 millions de dollars fin septembre, quand le compte en banque de la campagne de Gingrich était empêtré dans le négatif.

 

L'ancien président de la Chambre des représentants va sans aucun doute profiter d'un coup de pouce des investisseurs qui, à la faveur de ses bons résultats dans les sondages, seront moins réticents à l'appuyer dans son effort présidentiel. Mais encore une fois, les questions organisationnelles montrent à quel point, en Iowa comme au niveau national, la campagne de Gingrich est fragile. Ses équipes ont par exemple manqué de verser un chèque de mille dollars à temps pour être inscrit sur les bulletins de vote dans le Missouri, ce qui met l'ancien Speaker de facto hors-course dans cet Etat.

 

Ainsi, le plus grand espoir de Romney est de maintenir son avance dans le New Hampshire, l'Etat qui s'exprime en deuxième position dans le processus des primaires américaines, pour éventuellement encaisser une défaite dans l'Iowa et prolonger, de par l'étendue de son trésor de guerre, son effort présidentiel dans les Etats suivants. Selon les derniers sondages dans le "Granite State", Romney domine largement Gingrich, 39% contre 23%.

 

Plusieurs signes montrent que Romney peut revenir en Iowa. Au delà des indices actuels et autres tendances historiques, l'équipe de Romney s'est fait très discrète dans la presse pour préparer un argumentaire à charge contre Gingrich. Seront notamment au centre de l'attention son passé de leader controversé à Washington, les scandales qui ont entouré ses quatre années à la tête de la Chambre des représentants, sans oublier les juteux dividendes que lui ont apporté ses diverses collaborations avec des lobbies démocrates, dans les années 2000. Gingrich, comme les précédentes "stars du moment" (Bachmann, Perry, Cain, entre autres) n'est donc pas à l'abri d'un effondrement soudain dans les sondages.

 

Les trois débats qui se profilent en Iowa avant la nouvelle année (10, 15 et 27 décembre) vont sans aucun doute donner à Romney matière à mettre en oeuvre son retour. Ce dernier n'est pas avantagé par sa religion mormone dans un Etat dominé à 60% par les chrétiens évangélistes, mais en face des trois mariages - et deux adultères avoués - de Gingrich, les 42 ans de mariage et les cinq enfants d'Ann et Mitt Romney sont incontestablement un atout. Pour ce qui est des idées à proprement parler, Romney s'est écarté de son pedigree modéré pour adopter une position plus conservatrice que Gingrich en matière d'immigration : l'ancien Speaker est favorable à l'amnistie pour les immigrés illégaux présents aux Etats-Unis depuis vingt ans ou plus, quand Romney s'y oppose.


 

En somme, une victoire de Romney dans l'Iowa semble difficile, mais elle n'est pas impossible. Surtout, sur le long-terme, il apparaît qu'une défaite dans le "Hawkeye State" pourrait ne pas être préjudiciable, étant donné les faiblesses organisationnelles de la campagne de Gingrich. A l'approche de Noël, si l'avance de Gingrich ne faiblit pas, Romney abandonnera tout effort en l'Iowa pour ne pas y faire figure de perdant, clamant aux électeurs qu'il n'y a pas livré bataille. Une tactique déjà utilisée par un candidat modéré, détesté par la droite dure en Iowa, mais très populaire dans le New Hampshire. C'était en 2008 : cette année-là, John McCain avait remporté haut la main la nomination du Parti républicain.

 


 

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 09:34

http://americasvoiceonline.org/page/-/americasvoice/images/gingrich%20romney%20perry.jpg

Gingrich, Romney et Perry constituent le trio de tête de la course à la nomination républicaine de 2012

 

 

Trente jours nous séparent désormais du début des primaires présidentielles américaines, habituellement lancées par les caucus de l'Etat de l'Iowa, situé dans le centre des Etats-Unis. Le processus de sélection du champion du Parti républicain étant très particulier, les trente jours précédant le scrutin ont sans doute plus d'importance que le scrutin en lui-même. Le point sur la situation.

 

Côté républicain, dans toutes les campagnes de primaires modernes, prendre un bon départ a été vital pour remporter l'investiture du parti. Quelques tendances, de ce point de vue, sont très intéressantes à examiner. Depuis 1980, Iowa et New Hampshire ont toujours été les deux premiers Etats à s'exprimer. Leurs profils sont tout à fait opposés : l'Iowa est un Etat du Midwest, très conservateur et dominé par les chrétiens évangélistes, tandis que le New Hampshire est un Etat modéré du Nord-Est, plutôt favorable aux candidats de l'establishment.

 

Les natures très différentes des deux Etats qui lancent la course à la nomination cimentent habituellement le soutien de chaque bord du parti républicain autour d'un candidat. Pour survivre, il est indispensable de remporter l'un des deux Etats inauguraux. Depuis 1980, la course à la nomination s'est toujours jouée entre les vainqueurs de l'Iowa et du New Hampshire, quand ceux-ci étaient différents.

 

Une autre caractéristique propre aux républicains réside dans le fait que les électeurs du parti de l'éléphant ont l'habitude de trancher vite entre les deux propositions qui émergent de l'Iowa et du New Hampshire. Ainsi, depuis 1980, la Caroline du Sud a toujours donné le nom du vainqueur de la nomination parce qu'elle vote toujours tôt dans le processus des primaires.

 

Si la logique se poursuit en 2012, on pourrait obtenir l'identité du challenger de Barack Obama dès le 21 janvier, date de la primaire de Caroline du Sud. Trois Etats joués, seulement 65 délégués distribués sur les 1.145 nécessaires pour gagner, et l'investiture pourrait être scellée : une curiosité mathématique qui s'appuie sur des règles psychologiques avérées renforçant l'importance capitale du départ des primaires.

 

L'esprit des électeurs est souvent indécis jusqu'au bout, ce qui explique que les primaires durent généralement peu de temps. En effet, les deux premiers Etats à voter, de par leurs caractérisques socio-culturelles, sont propres à donner le "la" pour les scrutins suivants, au premier chef se trouvant la Caroline du Sud. Depuis trente ans, celle-ci a agi comme le poids faisant pencher la balance en faveur de l'un des champions de chaque frange - conservatrice et modérée - du parti républicain. Les électeurs indécis des Etats suivants donnent ensuite leur voix au candidat qui émerge comme le leader parce que, grâce à ses précédentes victoires, les médias se concentrent sur lui.

 

Dans ces conditions, l'importance du dernier mois de campagne avant le début des primaires prend tout son sens. Il s'agit pour chaque candidat d'occuper l'espace politique propre à lui apporter la victoire soit en Iowa, soit dans le New Hampshire, dans l'espoir de rapidement sceller la nomination dans les Etats suivants. En 2008, c'est ainsi que l'élan médiatique (momentum) a propulsé John McCain du statut de perdant en Iowa jusqu'à celui de nominé en moins de deux mois.

 

La force de Mitt Romney, tout au long de l'année, a été de maintenir un soutien très stable d'environ 40% dans le New Hampshire, soit le double de son concurrent le plus proche, qui a tantôt été Pawlenty, Bachmann, Perry, Cain, et maintenant Newt Gingrich. Depuis six mois, il ne fait guère de doute qu'il sera l'homme fort de l'establishment : l'impressionnant nombre de soutiens qu'il a récoltés au sein du parti peut en témoigner.

 

Pour ce qui est de l'Iowa, c'est encore une inconnue. Tous les candidats proches du Tea Party, qui ont Romney en horreur, ont eu leur moment de gloire dans les sondages de cet Etat. Aujourd'hui, Gingrich semble tenir la corde, ce qui est un comble puisque l'ancien Speaker a bâti toute sa carrière à Washington, au Congrès ou dans ses lobbies, des institutions qui sont l'objet des critiques acerbes des électeurs conservateurs. Aussi Rick Perry, malgré toutes ses gaffes, n'est pas à éliminer aussi vite de la course à la victoire en Iowa, un Etat dans lequel il fait actuellement parler sa puissance financière en investissant massivement en spots télévisés.

 

Seulement, le Texan n'est pas le seul à insister férocement sur le Hawkeye State : Mitt Romney s'essaye depuis quelques jours à séduire un électorat qui n'est pas le sien pour tenter d'y forcer la décision, et donc la nomination. En effet, une double victoire Iowa-New Hampshire lui assurerait une investiture quasi-automatique, car il aurait réussi à unifier les deux tendances rivales du Parti républicain, que le feu du Tea Party tente d'opposer depuis des mois.

 

Mais à trente jours des premiers scrutins, rien ne semble joué. La montée de Newt Gingrich pourrait mettre à mal la domination de Romney dans le New Hampshire, tout comme le bona fides modéré de l'ancien président de la Chambre des représentants pourrait revenir au doux souvenir des militants du Tea Party, très présents en Iowa. Bien malin qui pourra dire qui va l'emporter...

 

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 20:16

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A Washington, Herman Cain s'explique sur les premières accusations de harcèlement sexuel qui le frappent, le 2 novembre 2011 (Photo Reuters)


 

Quatre semaines après les premières accusations de harcèlement sexuel contre lui, Herman Cain doit affronter Ginger White, une femme qui a révélé lundi qu'elle avait été sa maîtresse, treize années durant. Cette nouvelle menace encore un peu plus la campagne de l'ancien homme d'affaires, dont les rumeurs annoncent qu'elle prendra fin au cours de la semaine.

 

Ginger White, une habitante d'Atlanta comme Herman Cain, a annoncé avant-hier avoir entamé une relation consensuelle avec ce dernier après une rencontre lors d'un dîner d'affaires dans les années 1990. White affirme qu'en raison du début de la campagne présidentielle de son amant, Cain a dû arrêter de la voir il y a huit mois. Textos et traces d'appels sur son téléphone à l'appui, Ginger White a tout dévoilé lors d'une interview à Fox News.

 

Selon White : "C'était très simple... Oui, ce n'était pas compliqué : je savais qu'il était marié, je savais aussi que je m'étais engagée dans une histoire au caractère tout à fait inapproprié". A Fox News, elle a dit qu'elle n'était "pas fière" et qu'elle "ne voulait pas ressortir tout cela", mais qu'elle l'avait fait pour éviter que l'affaire soit révélée à la presse par quelqu'un d'autre.

 

Cain, de prime abord, a démenti ses accusations, expliquant, comme il l'a fait pour Sharon Bialek par exemple, qu'il essayait simplement d'"aider une amie" avec laquelle il n'a eu aucune relation sexuelle et qui "n'avait pas de travail". "Je n'ai rien fait de mal", avançait hier soir Herman Cain à Wolf Blitzer, de CNN.

 

Les cinq femmes qui se sont avancées au cours du mois dernier pour l'accuser de harcèlement sexuel ont assurément causé sa chute dans les sondages. Fin octobre, Cain était considéré comme le favori pour remporter la nomination, avec des chiffres dépassant les 30% au niveau national. Dans les Etats-clés de la course à l'investiture du Parti républicain, l'ancien PDG de Godfather's Pizza a même réussi à maintenir son avance jusqu'à la mi-novembre. Mais dans le dernier sondage mené nationalement, le 27 novembre, Cain est retombé à 13% des intentions de vote.

 

Cette nouvelle révélation au sujet du candidat républicain va sans aucun doute lui aliéner le soutien des conservateurs qui l'avaient propulsé au sommet des sondages il y a quelques semaines. Sean Hannity et Mike Huckabee, hier, ont tous deux abandonné publiquement leur confiance en Cain. Pendant ce temps-là, celui-ci déclarait à son équipe qu'il "remettait en question" sa campagne, laissant présager d'une fin très proche.

 

Dans la nuit, son porte-parole Mark Block assurait : "Hors de question qu'il abandonne". Mais comment continuer alors que tout le monde quitte le navire ? Cain va bientôt arriver à cours d'argent car ses soutiens financiers fondent comme neige au soleil. La "Super PAC" californienne au service de Cain, Draft Herman Cain PAC, a changé son nom pour Beat Obama Political Action Committee. William Panek, un représentant du New Hampshire, a annoncé qu'il abandonnait son soutien à Cain pour se mettre au service de Gingrich

 

Un assistant de Cain aurait confié au journal Politico que le candidat décidera, dans le cours de la semaine, d'abandonner la course à la nomination ou non. Mais les choses paraissent déjà bien engagées en faveur d'un retrait, sachant que Cain lui-même a demandé à son équipe d'annuler un dîner de récolte de fonds prévu à New York dimanche soir, "au cas ou j'aurais quitté la course". "Ma femme aura le dernier mot", l'homme d'affaires disait-il hier sur CNN.

 


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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 20:52

http://static6.businessinsider.com/image/4ed246d569bedd125a000002/new-hampshire-union-leader.jpg

Le journal New Hampshire Union Leader, une importante force conservatrice du "Granite State", a officiellement apporté son soutien à Newt Gingrich dimanche matin.

 

 

C'est sans doute le soutien le plus important qui a été délivré jusqu'à présent dans la course à la nomination républicaine. En soutenant officiellement l'effort présidentiel lancé par Newt Gingrich, l'Union Leader tacle sévèrement le favori Mitt Romney, très populaire dans l'Etat de New Hampshire. Le point sur les causes et les conséquences de ce choix d'importance à moins de quarante jours du début des primaires. 

 

La nouvelle est venue agiter, hier matin, une course à l'investiture mise entre parenthèses pendant les fêtes de Thanksgiving. Les spécialistes n'avaient guère de doutes sur l'identité du candidat soutenu par l'Union Leader. Le journal, d'essence conservatrice, recherche depuis trente ans des outsiders à la fibre plutôt modérée. Mitt Romney était éliminé d'office, car il fait pour le moment figure d'épouvantail dans le New Hampshire. Au milieu d'autres candidats courtisant tous le Tea Party, il ne restait que Gingrich.

 

Selon Joseph McQuaid, le patron de l'Union Leader, "nous cherchons des conservateurs qui ont un esprit indépendant, convaincus du bien-fondé des croyances de cette nation et de son peuple, et les mieux préparés pour la tâche de président. (...) Dans cette élection d'une importance capitale, le candidat qui répond à toutes ces caractérisques est Newt Gingrich. Il a l'expérience, les qualités de leadership, et la vision des choses qu'il convient pour mener ce pays en ces temps difficiles".

 

Son profil était idéal pour Joseph McQuaid, car Gingrich est sur une pente ascendante et s'impose depuis trois semaines comme l'alternative la plus crédible à Romney. En 2000, le journal avait ainsi opté pour Steve Forbes contre Bush et McCain, tandis qu'en décembre 2007, il avait choisi McCain au dépens de... Mitt Romney. A un mois du début des primaires, le soutien de l'Union Leader avait apporté un coup de pouce considérable au "comeback" dont le sénateur de l'Arizona fut l'auteur, et qui le propulsa jusqu'à l'élection générale de novembre 2008.

 

Le journal n'a pas toujours eu la main heureuse lorsqu'il s'est agi de sélectionner son champion républicain pour la présidentielle. En trente ans, seuls Ronald Reagan (1980) et John McCain (2008), ont été soutenus par l'Union Leader puis ont remporté la nomination. Mais en attendant le résultat du scrutin, au printemps prochain, cette nouvelle n'est assurément pas encourageante pour Mitt Romney.

 

L'ancien gouverneur du Massachusetts a tout fait pour obtenir le précieux soutien du journal, multipliant les apparitions publiques avec Joe McQuaid - la dernière date d'il y a dix jours. Si ce dernier s'était rallié à Romney, alors la course dans le New Hampshire était sans doute définitivement gagnée pour Romney. Mais McQuaid a toujours eu l'habitude de sélectionner des outsiders, car cela renforce l'attention des médias sur son Etat en rendant la course plus serrée.

 

Selon Alexander Burns, de Politico, McQuaid a réussi dans son éditorial à faire ce qu'aucun candidat n'était parvenu à faire jusqu'alors : dresser un bilan complet des arguments anti-Romney. Bien que le nom de l'ancien homme d'affaires n'apparaît jamais dans la colonne du journal, des arguments tels que "il est loin d'être le candidat parfait" sonnent comme des attaques directes envers Romney. Drew Cline, toujours pour l'Union Leader, ajoute également que Romney aurait été un très bon candidat à la présidence "à la fin du XIXème siècle". Cline reproche à Romney son attitude très prudente envers les électeurs, ainsi que le fait d'être avide de leur dire "ce qu'il croit que nous voulons entendre".

 

A courte échéance, le soutien du populaire journal va sans aucun doute contribuer à ralentir la marche de Romney vers la victoire dans l'Etat. Mais comme en 2008 avec McCain, cela aura-t-il un impact tel que Gingrich va s'envoler vers l'investiture du parti ? Impossible de la savoir pour le moment, car en dépit de la propulsion médiatique, Gingrich manque cruellement d'une organisation de terrain sur laquelle Romney travaille depuis plus de cinq ans. 

 

Par ailleurs, l'ancien gouverneur du Massachusetts augmente prograssivement sa couverture de l'Etat de l'Iowa, qui vote en premier, pour essayer de forcer la décision une semaine plus tard dans le New Hampshire. Son espoir est de plier la course rapidement, et comme le montre le soutien d'hier, il apparaît que seul Gingrich puisse l'empêcher de réaliser ses projets. Mais l'ancien Speaker ira-t-il jusqu'à contester effectivement l'hégémonie de Romney dans le "Granite State" ? C'est le plus grand espoir de Joe McQuaid.

 


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