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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 15:17

http://www.journaldunet.com/economie/magazine/occupy-wall-street/image/occupy-wall-street-1012016.jpg 

Le mouvement "Occupy Wall Street" est la version américaine des "Indignés" européens. (Erwan Gallen / JDN)

 

 

Depuis quelques jours, la colère des "Indignés" américains s'abat sur Wall Street. Alors que la campagne républicaine pour la nomination du parti bat son plein, les prétendants du camp de l'éléphant n'ont de cesse de critiquer les régulations de Barack Obama, consacrées à l'été 2010 par la loi Dodd-Frank. Le président, entré officiellement en campagne depuis de longs mois, ne va pas manquer une si belle occasion de se démarquer de ses adversaires, Mitt Romney en tête.

 

Invité ce dimanche de l'émission "This Week" diffusée sur ABC, le directeur de campagne d'Obama, David Axelrod, s'en est vivement pris aux deux favoris républicains pour la nomination, Rick Perry et Mitt Romney. Selon lui, "aucun Américain n'est impressionné d'entendre le gouverneur Romney et tous les candidats républicains dire que la première chose qu'il feraient, c'est de revenir sur les réformes de Wall Street, et donc de revenir là où l'on était avant la crise en laissant Wall Street dicter sa propre loi".

C'est sans surprise que la campagne d'Obama concentre sur ces attaques sur le mormon Mitt Romney. Son statut de modéré pourrait causer bien du tort au président sortant dans les Etats indécis qui décideront du sort de l'élection présidentielle. Toujours selon Axelrod, "le soutien à Romney n'augmente pas car [...] les gens ne savent pas ce en quoi il croit. Il est en campagne depuis vingt ans [...] et incesamment, il change ses positions. On a l'impression qu'il n'a aucun principe plus important que son appétit électoral".

La campagne de Romney sait qu'Obama redoute l'ancien gouverneur du Massachusetts plus que tout autre adversaire potentiel. Depuis des mois, l'ancien homme d'affaires critique le bilan d'Obama, mais jeudi, une vidéo montrait la posture de défi que Romney, actuellement en tête d'une écrasante majorité de sondages, a pris envers le président démocrate. Les insinuations de ce spot de 47 secondes, intitulé "Nerveux ?" viennent d'être confirmées par le camp Obama via l'interview de David Axelrod.

 

Faire passer Mitt Romney, un businessman multi-millionaire du Nord-Est, est chose aisée pour les démocrates. Plus largement, il est très facile pour Obama de se faire le défenseur des "Indignés", unis contre les défenseurs de Wall Street que sont les républicains. Ces derniers n'ont aucune autre intention que de démanteler les régulations financières de 2010 et l'ont encore répété mardi dernier, lors d'un débat dans le New Hampshire consacré aux questions économiques.

Les chiffres du troisième trimestre de levée de fonds, qui viennent d'être publiés par la Commission électorale fédérale (FEC) montrent un gouffre entre Barack Obama (70 millions de dollars) et Rick Perry, en tête du côté du parti de l'éléphant avec 17 millions de dollars. Plus intéressant, il apparaît que 1,5 des 14,2 millions de dollars récoltés par Mitt Romney proviennent directement de Wall Street.

En comparaison, Obama n'a récolté que 270.000 dollars auprès des grandes entreprises et reste fidèle à sa volonté de ne faire grossir son trésor de guerre qu'avec des petites contributions. Avec les "Indignés", le président démocrate tient une occasion en or de montrer que les républicains ont tort de vouloir faire machine arrière sur les régulations financières. De sucroît, les chiffres de la FEC appuyent la thèse selon laquelle Wall Street est la machine à sous du parti républicain.

 

En mal de résultats sur le front de l'emploi, Barack Obama a besoin des "Indignés" pour rassurer sa base électorale. C'est d'ailleurs le sens de son allocution d'aujourd'hui, consacrée à l'héritage de Martin Luther King. Mais en attendant, attaquer Mitt Romney est le moins qu'il puisse faire pour espérer conserver les faveurs de l'électorat centriste qui lui a donné la victoire en 2008.

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 18:02

http://www.washingtonpost.com/rf/image_606w/2010-2019/WashingtonPost/2011/09/30/National-Politics/Images/2011-09-30T160409Z_01_WASW204_RTRIDSP_3_OBAMA.jpg?uuid=obEW9Ou1EeCKBcEOwQfcZg 

REUTERS/Kevin Lamarque

 

 

Dans un an exactement, le président sortant Barack Obama sera en pleine campagne de réélection contre un adversaire républicain dont le nom est pour l'heure toujours inconnu. En revanche, une chose est certaine : sa présidence est en panne. Par manque de capital politique, le camp démocrate ne lui répond plus. Sans une ou deux législations majeures avant novembre 2012, la défense du bilan de son premier mandat risque d'être très compliquée.

 

 

Il y a un mois, Barack Obama a établi son plan de relance de l'emploi dans le but de lancer sa campagne de réélection. Les électeurs lui accorderont sans doute le mérite d'avoir essayé, mais en tant que président sortant, un projet de loi qui reste sur le coin du bureau du Congrès ne sera pas suffisant. L'an prochain, le président américain devra défendre un bilan composé de mesures concrètes, et non de simples intentions.

Or, sans l'appui de sa majorité démocrate au Sénat, hésitante à travailler sur le projet de loi, Obama n'a aucune chance de tirer les fruits de son action. Son idée consiste à faire pression sur la Chambre des représentants, détenue par les républicains, pour montrer une fois de plus que le parti de l'éléphant n'a qu'un seul objectif : placer l'un des siens à la Maison-Blanche en novembre 2012.

 Pourquoi donc Harry Reid, le leader démocrate du Sénat, est-il si peu pressé d'aider le président ? La réponse, très simple, est livrée par un important stratégiste démocrate au Washington Post : "Nous sommes maintenant à un an des élections, et les sénateurs se consacrent à leur propre réélection"

 

Les tactiques personnelles qui s'appliquent au parti républicain s'appliquent tout aussi bien aux sénateurs démocrates. En effet, les élections américaines sont générales et les membres de l'organe délibératif le plus puissant du monde ont eux aussi des places à défendre. Il n'ont aucune intention de laisser la cote de popularité décroissante du président plomber leurs chances de réélection.

L'an prochain, les démocrates devront défendre la bagatelle de 23 sièges, dont une demi-douzaine se trouvent dans des "swing-states" où l'écart entre républicains et démocrates promet d'être serré. C'est par exemple le cas de Ben Nelson dans le Nebraska, Bill Nelson en Floride, ou encore Claire McCaskill dans le Missouri. A l'heure où ces sénateurs savent qu'ils vont devoir modérer leurs positions jusqu'à l'extrême-droite du parti démocrate, il s'agit pour eux de tenter de s'émanciper de l'image d'un président de plus en plus impopulaire.

L'enjeu est de taille car la course pour le contrôle du Sénat s'annonce très incertaine. Le parti républicain possède une véritable occasion de contrôler toutes les branches du gouvernement en novembre 2012 parce que la panne de la présidence Obama rend vulnérable l'intégralité du camp démocrate.

 

 

Face à des cadors de son propres parti résolus à "jouer personnel", il ne reste au président qu'à mettre en place une stratégie similaire. A vrai dire, le scénario est déjà connu. En 1995, à l'orée du lancement de sa campagne de réélection, le président démocrate Bill Clinton s'était heurté au même problème. En travaillant sans relâche à bâtir une "troisième voie", il s'est frayé un chemin au Congrès avant d'être reconduit par les Américains un an plus tard.

Pour Obama, il reste à savoir si les choses se passeront de la même façon. De l'avis de nombreux experts, cela n'en prend décidément pas le chemin.

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 10:19

http://www.whitehouse.gov/sites/default/files/imagecache/home_hero_rotator_main/hero_feature/hero_image/hero_afpak-review_PS-0308.jpg            Alors que l’accord entre républicains et démocrates sur le prolongement des baisses d’impôts de l’ère Bush devrait officiellement être voté ce weekend, l’aile ‘liberal’ du parti démocrate peste contre le président, qui, selon eux, a abandonné toutes ses promesses progressistes de 2008. Certains vont même, parmi les observateurs, jusqu’à contester sa renomination pour la présidentielle de 2012.

           

            On l’a compris, le président américain semble être sur la voie de la collaboration avec les républicains, qui verront leur assise s’affirmer en janvier, lorsqu’ils prendront officiellement le contrôle de la Chambre des Représentants. Pour l’heure, le problème d’Obama semble être davantage la frange la plus centriste des démocrates que les républicains eux-mêmes, puisque le parti du président contrôle aujourd’hui toutes les branches du gouvernement1. On devrait plutôt reprocher à Obama de ne pas avoir convaincu la poignée de sénateurs qui n’ont pas voté la fin des baisses d’impôts que d’avoir trouvé un compromis avec les républicains.

            En effet, si l’on y regarde de plus près, l’agenda du dernier mois du 111ème Congrès a été surchargé par le président, qui compte tenter de profiter de sa majorité pour faire passer le nouveau traité START, le DREAM Act, voire l’abolition légale du ‘Don’t ask, don’t tell’ dans l’armée. Pour espérer réussir sur ces trois dossiers – à boucler en trois semaines – il faut convaincre, non pas les républicains, qui voteront dans tous les cas contre, mais l’aile centriste du parti démocrate, fiscalement libérale, mais socialement plus progressiste. Cela fait déjà deux projets sur trois. Pour ce qui est du « New START », le président pourra compter sur une poignée de sénateurs républicains qui le soutiendront2, mais qui lui auraient sans doute tourné le dos s’il n’avait pas accepté l’accord sur les allègements fiscaux.

            Ainsi, si le clan progressiste ne cesse actuellement de demander un challenger à Obama pour 2012, il pourrait revoir sa copie à la fin du mois, si jamais le président devait arriver à ses fins. Les ‘liberals’ pourraient revenir à la charge en 2011, en fonction de l’attitude qu’Obama adoptera envers un Congrès divisé entre républicains à la Chambre et démocrates au Sénat.

            Quand bien même, les sondages montrent qu’Obama est actuellement à un niveau de popularité supérieur à celui de Clinton et Reagan au moment des ‘midterms’ de leur premier mandat. Les deux hommes furent réélus très confortablement3. Un challenger à Obama pour les primaires est idéologiquement une bonne solution, politiquement une mauvaise. Parmi les quatre derniers présidents ‘one-termers’ (Bush Sr., Carter, Ford et Johnson), tous avaient eu à face faire à des primaires. Proposer un challenger affecte ainsi la base du parti et augmente l’abstention générale, et les statistiques montrent que cette dernière est toujours plus favorable aux Républicains4.

 

            Obama doit donc faire en sorte, à très court-terme, de soigner sa droite. Et quand bien même, à moyen-long-terme, collaborer de la sorte avec les républicains ne peut lui être que nuisible, il aura gouverné en tentant d’obtenir « le moins pire » au sein d’un Congrès où les mesures volontairement bipartisanes ne sont plus d’actualité. Il sera bien temps pour lui de durcir ses positions, quand le cycle pour l’élection de 2012 sera plus avancé et que la pression des républicains sur la Maison-Blanche se fera davantage sentir.

 


1- Les Républicains ont toujours la possibilité de bloquer les démocrates au Sénat via la flibuste, mais ces derniers possèdent une nette majorité (59 Sénateurs incluant deux indépendants).

2- Cf. l’article du Washington Independent du 30 mars dernier : « How many votes can Dick Lugar command ? »

3- 49,2% pour Clinton dans une course à trois en 1996, 58,8% pour Reagan en 1984.

 4- En moyenne, les électeurs républicains se déplacent pour 83% des scrutins, contre 78% pour les démocrates (Source : 2004 American National Election Study).

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 10:18

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQ-ui3R2KRK-nFE1dRLzdCfd3nyxpA2SvOxgiu6HY668fUHnqBJPqYmKohj            Avec la perte de la Chambre des Représentants, Obama a le choix entre la collaboration avec les Républicains et la défense de ses réformes (santé, finance, environnement, entre autres) qui, contradictoirement, figuraient toutes deux dans son programme de 2008. Le consensus, bien loin d’être une utopie électorale, est de moins en moins bien toléré par le Congrès. Pour le président, l’enjeu est donc de taille, à deux ans d’une élection présidentielle souvent influencée par le résultat des ‘midterms’ précédentes.

 

            A première vue, il semble que le parti présidentiel, à la Chambre, se recroqueville : le camp démocrate ne souhaite visiblement pas se renouveler, puisque ses trois figures principales (Pelosi, Hoyer et Clyburn), qui vont toutes vers leurs 71 ans, ont été conservées à leur poste. Au-delà de l’inquiétude que suscite déjà l’absence de figures notables au sein de la nouvelle génération démocrate, cette tendance révèle que, les pertes étant à dénombrer essentiellement parmi les centristes, le clan ‘liberal’ est en position de force. Son leader, Nancy Pelosi, qui devra céder le Speakership à John Boehner le 3 janvier, était de facto intouchable étant donné sa capacité à lever des fonds pour les candidats démocrates1.

            Côté républicain, on ne montre guère d’impatience à collaborer avec le président, tant les deux leaders principaux, Boehner à la Chambre et McConnell au Sénat, ont clairement souligné leur volonté de mettre des bâtons dans les roues d’Obama2. Comme en 1995, le G.O.P. fait un retour en force au Congrès, bien que dans une moindre mesure3. Cela fait craindre à Obama une présidence similaire à celle de Bill Clinton, qui avait dû gouverner six ans avec deux chambres républicaines. A en juger par la popularité actuelle de l’ancien gouverneur de l’Arkansas, celui-ci n’en s’en sera pas trop mal sorti, gouvernant à coups de veto dans un contexte économique favorable. Ainsi, les élections de mi-mandat de 1994 ne l’avaient pas empêché de remporter aisément un second mandat deux années plus tard.

            La situation actuelle amènera sans doute Obama à adopter la même posture défiante que Clinton, abandonnant ses promesses de bipartisme. Le quarante-deuxième président n’avait pas cédé un pouce aux revendications républicaines4, et bien lui en a pris. L’espoir subsiste de voir des consensus émerger, comme le prouve les discussions actuelles relatives au taux d’imposition des classes moyennes. Pourtant, sur le long terme, il y a fort à parier que les accords seront rares sur les sujets majeurs, entre deux partis de plus en plus idéologiquement fracturés. Il y a quelques décennies déjà, le président Truman s’était appuyé sur sa collaboration avec un Congrès républicain pour assurer sa réélection. Cette stratégie lui était permise par le contexte politique international et les positions proches des deux partis sur des sujets sociaux clés. Avec le G.O.P. qui va actuellement jusqu’à tenter de bloquer la ratification du nouveau traité START, pourtant capital pour le pays, les promesses de bipartisme d’Obama s’envolent.

            Au-delà d’un objectif de campagne intelligemment mis en pratique début 2009 (conserver Robert Gates à la Défense, notamment), le bipartisme est en mauvaise posture. Socialement, les droits civiques des années 1960 et l’ascension de la droite chrétienne des années 2000 rendent tout consensus très difficile. Economiquement, ce sont le New Deal et les « Reaganomics » qui ont contribué à diviser profondément les deux groupes, au sein d’un pays aujourd’hui fracturé. En dépit de la volonté de fer affichée en 2008, Obama ne peut, seul, inverser cette tendance.

            Au sein d’un régime qui requiert de la souplesse du fait de sa non-séparation des pouvoirs, les accords ne se feront sans doute que sur des enjeux mineurs, pendant que la régulation financière demeure insuffisante, la réforme de la santé menacée, et les normes environnementales inexistantes. Ne pouvant lutter contre la fracture idéologique entre républicains et démocrates, Obama doit penser à 2012 et adoptera sans doute à grand regret la même posture que Clinton, à défaut de pouvoir prendre celle de Truman. Cela reste dommageable, étant donné qu’il est acquis que sa réélection dépend bien plus de la personnalité républicaine qu’il affrontera dans deux ans que des lois qu’il fera passer5. Quoi qu’il en soit, l’application de son programme sera officiellement devenue impossible après le 3 janvier 2011.

 

             Le résultat des ‘midterms’ rapidement éclipsé, le président devra batailler ferme pour conserver sa majorité au Sénat dans deux ans : le parti démocrate devra défendre 21 sièges, tandis que les républicains n’auront à se soucier que de dix sièges. Sans compter que, les renversements brusques à la Chambre étant rares dans l’histoire6, la majorité que possède le G.O.P. (la plus large depuis 1938) devrait lui permettre de priver durablement les démocrates du contrôle du gouvernement, si Obama venait à être réélu en 2012.


 


1- Nancy Pelosi, Représentante du 8ème district de Californie, possède la troisième fortune du 111ème Congrès.

2- Mitch McConnell, le 4 novembre dernier : “Our top political priority over the next two years should be to deny President Obama a second term in office”.

3- En janvier 1995, les Républicains s’étaient emparés des deux chambres du Congrès.

4- En 2007, il a déclaré aux dirigeants démocrates, évoquant sa propre expérience "If you can't get a dollar and you can get a dime, take a dime every time".

5- Le 22 novembre dernier, un sondage Quinnipiac a montré qu’Obama s’inclinerait face à Mitt Romney (45% contre 44%), tandis qu’il battrait aisément Sarah Palin (48% contre 40%).

6- Depuis 1855, la Chambre des Représentants change de camp tous les dix ans environ, contre 8 ans au Sénat. Depuis 1949, les chiffres sont de 21 ans à la Chambre, et 7 ans au Sénat.

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 10:16

  http://www.wired.com/images/article/full/2008/09/kennedy_nikon_debate_630px.jpg

 

Au matin du 27 septembre 1960, le sénateur démocrate du Massachussetts, John Fitzgerald Kennedy, était annoncé « gagnant » du premier débat politique télévisé de l’histoire. Il avait fait montre, la veille, de son habileté oratoire lors de la confrontation – entrée dans la légende désormais – l’ayant opposé au républicain Richard Nixon dans la course à la 35ème présidence des Etats-Unis. Outre-Atlantique ou ailleurs, cette soirée a inauguré une nouvelle ère dans la façon de faire de la politique, en cette deuxième moitié du XXème siècle marquée par l’avènement des médias.

 

Des détails pour l’histoire… Et pour la télévision. En effet, comment expliquer que simplement du fait de la couleur de sa cravate1, Jack Kennedy ait fait meilleure impression que Nixon ? Ajoutez à cela une barbe matinalement rasée et un air nerveux, et voilà le démocrate déclaré vainqueur du débat. Pourtant, parce que ces éléments sont imperceptibles à la radio, les auditeurs furent, bien plus que les spectateurs, davantage séduits par les arguments du candidat républicain. Désormais, la façon de se tenir en face d’une caméra de télévision allait compter, et pour longtemps.

En 1960, plus de 65 millions de téléspectateurs (sur 170 millions d’Américains) avaient regardé le débat, et nul doute que la performance télévisuelle des candidats a joué sur le choix des électeurs… Pourtant, ce n’est qu’avec 60.000 bulletins frauduleux chicagoans que Kennedy a pu parvenir à la Maison-Blanche ! Et bien que l’audimat soit très variable depuis ce premier débat présidentiel2, peut-être du fait de la présence de confrontations à thèmes, cela est compensé par la presse - écrite, radiophonique ou télévisuelle – qui relaye, commente et discute à foison les « petites phrases », souvent faiseuses de roi. Gerald Ford ou Dan Quayle pourraient en témoigner…

Avec la montée en puissance des médias, le cap des débats télévisés est, pour les candidats, à franchir avec un seul mot d’ordre : pas de bourde. Il s’agit aujourd’hui de « bien passer » à la télévision, plutôt que de tenter de se distinguer du point de vue des idées et des propositions. De fait, tout est souvent réglé avant le débat, puisque les candidats connaissent le programme de leur adversaire et savent les points à privilégier pour se mettre en position de briller. La confrontation se résume souvent à un simple spectacle télévisuel, à la limite du divertissement, à l’issue duquel le public émet un choix. Ce qui, quelques années avant Loft Story et toutes proportions gardées, placerait la politique américaine en une sorte de précurseur de la téléréalité…

On pourrait avancer l’idée qu’au lieu de se concentrer sur les phrases assassines, souvent préparées à l’avance pour humilier son adversaire3, les candidats devraient garder en réserve une, voire deux propositions très simples et très concrètes qui, au-delà de l’effet de surprise, pourraient redonner une dimension politique concrète à la confrontation. D’aucuns rétorqueront que c’est là « le charme de la politique » ; d’autres leur répondront que la politique est affaire d’idées avant d’être affaire de charme.

On peut regretter que la presse compte souvent plus sur les émotions que sur les idées pour se vendre. Au-delà de ça, on peut regretter que le choix des électeurs se fasse sur des phrases assassines qui occultent assurément le débat de fond. Toujours-est-il, ce sont des images pour la légende, des moments qui sont en bonne place dans la mémoire collective, cela en vertu de l’universalité permise par la télévision.

 

La première confrontation entre Kennedy et Nixon aura simplement inauguré une nouvelle façon de faire de la politique. Du fait du changement d’échelle sans aucun doute, le contenu intellectuel des débats télévisés n’est, depuis lors, pas privilégié. Du fait du changement d’époque, l’évolution vers la publicité semble logique. Nul doute que le président démocrate en a été, à sa manière et sans qu’il puisse en être réduit à cela, un excellent émissaire.


1- Nixon, non-informé de la couleur du studio de télévision, avait choisi ce soir-là une cravate de couleur similaire.

2 - A titre indicatif, il y eut 80 millions de téléspectateurs en 1980, 46 millions en 2000, ou encore 63 millions en 2008.

3 - Par exemple, Lloyd Bentsen a avoué avoir pensé avant le débat des candidats à la vice-présidence, en 1988, au fameux« Senator, you’re no Jack Kennedy ».

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