20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 14:28

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Newt Gingrich s'en est violemment pris aux médias lors du débat républicain d'hier soir

en Caroline du Sud (Photo John Moore / Getty Images)

 

 

A moins de vingt-quatre heures de la primaire capitale de Caroline du Sud, il semble qu'il ne reste plus qu'un seul homme qui puisse priver Mitt Romney d'un couronnement que personne n'aurait prévu aussi rapide il y a quelques semaines. Après deux solides performances en débat cette semaine, Newt Gingrich arrive à pleine vitesse sur le "Palmetto State" : l'écart entre Romney et lui ne cesse de faiblir dans les sondages. Laissé pour mort par Romney et Santorum après l'Iowa, l'ancien Speaker peut-il revenir dans la course ?

 

Depuis 1980, l'Etat qui avait déclenché la guerre de Sécession a fait un sans-faute lorsqu'il s'est agi de deviner le nom du futur nominé républicain. En outre, depuis Reagan, tous les futurs présidents se sont imposés en Caroline du Sud lors des primaires de leur parti. La symbolique de la victoire, d'un point de vue historique, sera donc très importante demain. Mais surtout, il s'agit de se détacher aux yeux du public avant une primaire sans doute plus importante encore en Floride, le 31 janvier.

 

Jusqu'au premier débat de la semaine, ce lundi, Mitt Romney était perçu comme le leader intouchable dans le "Palmetto State". L'ancien gouverneur du Massachusetts se faisait fort de ses deux victoires initiales en Iowa et dans le New Hampshire plus tôt dans le mois, ainsi que de ses nombreux soutiens politiques et de sa manne financière : Romney est celui qui a le plus investi dans les spots télévisés en Caroline du Sud. Selon NBC News-Marist, le candidat mormon devançait Gingrich de dix points mardi, 34% contre 24%. Un gouffre à seulement cinq jours de la primaire.

 

Seulement, n'ayant plus rien à perdre lundi dernier, Newt Gingrich a joué son va-tout dans le premier débat de la semaine. Précis, éloquent et parfois charmeur, l'ancien président de la Chambre des représentants s'est acquis les faveurs de l'audience ainsi qu'une seconde chance auprès des électeurs. Sans être mauvais, Rick Santorum et Mitt Romney n'ont rien pu faire pour stopper le début de ce qui allait être la tornade Gingrich.

 

En effet, ce dernier a profité du retrait de course du gouverneur du Texas Rick Perry, qui avait perdu toute crédibilité à l'automne en raison de piètres performances en débat. Perry ayant décidé se soutenir officiellement Gingrich hier, celui-ci pourra profiter samedi d'un report de voix estimé entre 3% et 7%. Malgré le soutien réduit dont jouissait Perry, cela pourrait faire la différence contre Romney en cas de scénario serré. Les derniers sondages sont d'ailleurs sans appel : selon l'institut Public Policy Polling, Gingrich repasserait devant Romney, 35% contre 29%. Loin derrière, Ron Paul et Rick Santorum sont à 15%.

 

Le soutien de Perry était hier contrebalancé par les révélations accablantes de libertinage de l'ex-femme de Newt Gingrich, Marianne Gingrich. Celle-ci a révélé à la presse que l'ancien Speaker la trompait en toute impunité à la fin des années 1990, dans leur appartement de Washington avec une stagiaire nommée Callista Bisek, devenue par la suite Callista Gingrich. Or, en ce temps-là, Newt Gingrich menait la fronde républicaine contre les frasques du président démocrate Clinton, secoué par l'affaire Lewingsky. Un comble, et surtout, une terrible accusation auprès de l'électorat républicain de la Caroline du Sud, dont 69% se décrivent comme "conservateurs".

 

Qu'importe, Gingrich a très habilement fait de cette tare un argument de séduction auprès du public. Hier, John King, le modérateur du débat organisé par CNN, a choisi de débuter la joute en demandant une explication à Gingrich sur les révélations de son ex-femme. L'intéressé a provoqué une "standing ovation" du public par sa réponse : "Je crois que la nature destructrice, vicieuse et négative des médias rendent ce pays plus difficile à gouverner (...) Je suis outragé que vous commenciez un débat présidentiel par un tel sujet".

 

 

 

De son côté, Rick Santorum a été très convaincant tout au long de la soirée d'hier. Mais avec sa réponse musclée d'entrée de jeu, Newt Gingrich a tué tout suspense. Comme le dit si bien ce matin Maggie Haberman, de Politico, "aux points, Santorum a gagné le débat. Malheureusement, un débat ne se gagne pas aux points, mais sur les moments clés". Clairement, ceux-ci ont été pour Gingrich : il n'aura suffi que d'une seule réponse de l'ancien Speaker pour écarter toute attaque de ses concurrents hier soir.

 

Si Gingrich en venait finalement à inverser la tendance demain et battre Mitt Romney, il se placerait dans les meilleures conditions possibles pour aborder la primaire de Floride dans dix jours. Dans le "Sunshine State", qui applique la règle du "winner takes all", seule la victoire compte : celui qui arrive en premier en termes de voix remporte tous les délégués de l'Etat. En dépit de l'avantage significatif de Romney en termes de financement et d'organisation, la course serait complètement relancée si Gingrich gagnait en Caroline du Sud.

 

A l'inverse, si l'ancien homme d'affaires parvient à résister jusqu'au bout, alors son investiture sera quasiment certaine. Avec trois victoires en trois scrutins, ses adversaires n'auraient aucun moyen de faire survivre leur campagne car Romney aura pris trop de vitesse pour être stoppé. Les résultats risquent d'être serrés demain soir, mais il semble que Newt Gingrich a plutôt l'avantage : réussira-t-il son comeback ?

 


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Published by Soufian ALSABBAGH - dans Primaires républicaines
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