5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 17:54

http://www.washingtonpost.com/rf/image_606w/2010-2019/WashingtonPost/2012/01/04/National-Politics/Images/SANTORUM_2012_0416c.jpg

Karen Santorum félicite son mari Rick, qui a pris mardi la deuxième place lors des caucus de l'Iowa (Photo Charlie Riedel / AP)

 

 

La victoire de Mitt Romney en Iowa pourrait être suivie, mardi prochain, d'un deuxième succès dans le New Hampshire, où l'ancien gouverneur du Massachusetts est donné largement favori. L'Etat suivant, la Caroline du Sud (21 janvier) est de tendance conservatrice et semble être pour Rick Santorum le terrain parfait pour stopper la marche de son adversaire mormon vers la nomination. Problème : la droite du parti est divisée.

 

Comme le titrait justement le journal Politico ce matin : "Le New Hampshire est le suivant, mais la Caroline du Sud est la clé". Situé dans le sud du pays, l'Etat qui a lancé la guerre de Sécession possède un électorat républicain dominé, comme en Iowa, par les conservateurs évangélistes. Selon CNN, Santorum a largement surpassé Romney parmi les électeurs se définissant comme "très conservateurs" en Iowa (35% contre 14%).

 

Par chance pour Romney, l'électorat républicain de Caroline du Sud possède une proportion de modérés plus importante (31% lors des primaires de 2008, selon CNN), contre seulement 17% en Iowa mardi. De la même façon, les électeurs se définissant comme "très conservateurs" étaient 47% mardi en Iowa, mais si les chiffres de 2008 se confirment, ils ne seront que 35% en Caroline du Sud dans quinze jours.

 

Ces chiffres questionnent directement la capacité de Santorum à mettre des bâtons dans les roues de Romney, sachant que par le passé, les candidats de l'aile modérée du GOP se sont déjà imposés dans le "Palmetto State". Le dernier en date, John McCain, a remporté la nomination républicaine de 2008 et a publiquement annoncé, hier, son soutien à Mitt Romney.

 

Ce dernier, à en croire les sondages, arrivera à pleine vitesse sur la Caroline du Sud car il est largement favori dans le New Hampshire. Si jamais le candidat mormon en venait à remporter le "Granite State", il serait le premier républicain de l'histoire moderne des primaires à remporter à la fois l'Iowa et le New Hampshire. De surcroît, c'est à mettre au crédit de Romney, le passé montre que la Caroline du Sud a la double habitude de sélectionner des vainqueurs.

 

Premièrement, depuis 1980, la Caroline du Sud s'est plus alignée avec le gagnant de l'Etat modéré du New Hampshire qu'avec celui de l'Etat conservateur de l'Iowa (trois fois contre deux). Cela s'explique par un élan médiatique plus important : la primaire du "Granite State" étant plus rapprochée de celle de la Caroline du Sud, comparée à celle du "Hawkeye State", le vainqueur du New Hampshire arrive avec plus de "fraîcheur médiatique" aux yeux des électeurs. 

 

Deuxièmement, la Caroline du Sud a toujours correctement prédit le nom du nominé républicain, et ce depuis 32 ans. Pourquoi ? Parce que sa primaire vient trancher entre deux alternatives, toujours différentes, sortant d'Iowa et du New Hampshire, entre un conservateur et un modéré. Comme indiqué ci-dessus, en général au profit du candidat le plus centriste. Selon Tom Davis, sénateur au sein de la chambre haute du "Palmetto State", "les gens, ici en Caroline du Sud, sont très économes politiquement : ils tendent à voter utile et aiment soutenir le candidat qu'ils perçoivent comme quelqu'un qui peut gagner l'élection générale".

 

L'enjeu est de taille, car si jamais Mitt Romney réalisait un parcours parfait dans les "early-states" en gagnant en Iowa, dans le New Hampshire et en Caroline du Sud, les portes de la Floride, le 31 janvier, lui seront grandes ouvertes. Il pourra profiter, dans le "Sunshine State", à la fois d'un électorat modéré, mais surtout d'un effet d'entraînement médiatique considérable. Les deux Etats du Sud sont cruciaux car, en plus d'être placés au début du calendrier, ils pratiquent la règle du "winner takes all" : celui qui arrive premier remporte tous les délégués mis en jeu.

 

Dans ces conditions, Rick Santorum pourrait-il refaire son retard ? Bien que désigné favori de la droite chrétienne par l'Iowa, son infrastructure de campagne est minime par rapport à celle de Romney. Celui-ci a insisté mercredi : "Il s'est concentré sur l'Iowa. Moi, je mène une campagne nationale." Rick Santorum pourrait ainsi connaître le même destin que Mike Huckabee, exactement dans la même position il y a quatre ans, mais qui était rapidement arrivé à cours d'argent. Le million de dollars récolté hier par l'ancien sénateur de Pennsylvanie fera peu pour compenser le gigantesque retard qu'il accuse sur Romney, qui a amassé environ 55 millions de dollars en 2011.

 

Mais plus important encore, le favori de l'establishment jouit d'une division palpable à droite. Les volte-face de Perry et de Bachmann, le premier indiquant qu'il allait se retirer dès mardi soir, au contraire de la seconde - les deux changeant d'avis par la suite - laissent à Santorum la lourde tâche de livrer bataille contre deux adversaires conservateurs (Perry et Gingrich) moins bien placés de par leur résultat en Iowa, mais sans aucun doute plus solides en termes d'organisation et de finances.

 

En outre, Perry et Gingrich ont beaucoup misé sur la Caroline du Sud, un Etat duquel ils sont proches idéologiquement et géographiquement : tous deux sont bien implantés dans le Sud, Perry étant gouverneur du Texas et Gingrich ayant longtemps été réprésentant pour la Géorgie au Congrès. En restant dans la course, les deux hommes montrent qu'ils ne font pas confiance à Santorum pour battre Romney.

 

Gingrich, en particulier, possède encore 9 millions de dollars dans son compte de campagne et a clairement indiqué vouloir s'en servir pour bousculer Mitt Romney. L'ancien Speaker, coulé par plus de 3 millions de dollars de spots publicitaires négatifs en Iowa, a récemment troqué son costume "d'adulte dans la pièce" pour celui de fervent pourfendeur de Romney. Le 3 janvier, jour des caucus, il n'a pas hésité à qualifier son adversaire de "menteur" dans une interview accordée à CBS.

 

En restant en course, les deux candidats autrefois perçus comme les plus dangereux pour Mitt Romney, Rick Perry et Newt Gingrich, font peut-être le plus beau cadeau possible à leur rival. En 2008, le conservateur Fred Thompson était arrivé troisième en Iowa (13%) et, sachant que John McCain était intouchable dans le New Hampshire, l'ancien sénateur du Tennessee (Sud) avait alors tout misé sur la Caroline du Sud, un Etat voisin du sien. In fine, il n'avait fait que siphonner les voix des évangélistes à Mike Huckabee, finalement battu par McCain, devenu quelques semaines plus tard le nominé républicain.

 

C'est ainsi qu'en 2008, la base du parti s'était retrouvée obligée de soutenir un candidat qu'elle n'avait pas voulu. Une fois encore, l'embuscade des conservateurs en Caroline du Sud est promise à l'échec s'ils ne parviennent pas à s'unir derrière un seul homme. Et que ce soit pour Santorum, Gingrich ou Perry, la tâche promet d'être ardue.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Soufian ALSABBAGH - dans Primaires républicaines
commenter cet article

commentaires